“L’unité est une chose délicate. C’est non seulement l’un des éléments les plus importants d’une action non-violente réussie, mais aussi le plus difficile à atteindre.”
Cette phrase, nous la devons à Srđa Popović, activiste et fondateur du mouvement Otpor !, qui fut à l’origine de la chute de Slobodan Milošević en Serbie. Une phrase extraite de son ouvrage Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, qui décrit comment il aide les activistes du monde entier à bâtir une stratégie révolutionnaire (non violente) efficace face aux régimes totalitaires auxquels ils sont soumis. Il y raconte notamment à quel point il est crucial, dans un tel contexte, de rassembler des groupes divers sous une cause commune et, pour ce faire, d’identifier des intérêts communs, partagés par lesdits groupes. Des intérêts communs qui peuvent être des choses toutes bêtes comme, par exemple, le fromage, le thé ou les gâteaux de riz. Peu importe l’intérêt, pourvu qu’il soit jugé important (si ce n’est vital) par la plupart des citoyennes et citoyens du pays.
Srđa Popović ayant appliqué (sur le tas), en premier lieu, cette doctrine avec le succès que l’on sait en Serbie à la fin des années 1990, force est de constater qu’elle fonctionne a priori. Ce qui, en 2025, m’a d’ailleurs fait penser que, décidément, la “révolution des GenZ”, qui avait cours entre autres au Maroc, au Népal et à Madagascar, était vouée à l’échec, son concept étant on ne peut plus excluant (Je ne sais pas pour vous mais moi, en tant que Xennial, je me serais sentie absolument rejetée par cette révolution.). Même si, évidemment, la démographie des pays précités n’est pas du tout la même que celle de la France, leur population étant, en moyenne, nettement moins âgée.
“Seule la France m’habite, pas des bouts de France.”
Cette phrase-ci (éludons le fait qu’on dirait un titre de sextape car ce n’est pas le propos de mon article), nous la devons quant à elle à Raphaël Glucksmann (ou à son-sa community manager). Elle est extraite d’un tweet (passons aussi sur le fait qu’il ne poste quasiment que sur le réseau social d’Elon Musk et jamais sur Bluesky) du député européen, posté en réponse à la polémique suscitée par la fuite d’une note lui étant destinée, évoquant différentes cibles électorales, soit à privilégier, soit à laisser de côté (du moins, pour “le moment”, précise la note).
Effectivement Raphaël, vous avez raison. Couper la France (et ses citoyennes et citoyens) en petits morceaux n’est pas la bonne stratégie à adopter si vous voulez maximiser vos chances et celles de votre parti aux prochaines élections. Au contraire, je crois que, et ce même si nous ne sommes pas (pour l’instant) aux prises avec un régime dictatorial qu’il s’agit de renverser pour retrouver notre liberté, la stratégie de Popović est la bonne. Et que la segmentation à papa (vu qu’elle a vu naître la fameuse ménagère de moins de 50 ans, c’est sans nul doute papa qui l’a inventée et non maman), couplée avec des “stratégies” marketing visant à dire “noir” à une première partie de la population, “blanc” à une seconde, “vert fluo à pois rouges” à une troisième, et à ne rien dire du tout à une quatrième, car elle n’est pas le “coeur de cible” de votre produit-candidat-putatif à la présidentielle, est vouée à l’échec.
Vous dites que vous avez balayé cette note d’un revers de manche. On va dire que je vous crois. Sauf que le consultant l’ayant écrite (ou commandée ?) n’est autre que votre conseiller politique. C’est donc votre bras droit, pour ne pas dire “the hand of the king of Place publique”. Et il a jugé pertinent de vous faire passer une telle note. Cela en dit long de votre entourage proche. Un entourage proche qui, depuis plusieurs mois maintenant, se voit grandement “macronisé”. D’abord avec l’arrivée d’Aurélien Rousseau, puis de Sacha Houlié, tous deux ayant participé activement à la destruction de notre pays par les gouvernements Macron successifs et, par voie de conséquence, à la montée du RN, et qui occupent des places stratégiques au sein de votre parti. Il en va de même pour Marguerite Cazeneuve, architecte de la réforme des retraites, que vous avez recrutée pour “aider sur le programme et la future campagne”. J’ai bien noté qu’elle ne s’en occupait pas toute seule comme elle s’en est pourtant vantée dans les colonnes de Libération à l’automne dernier. Il n’empêche. Elle va mettre son nez (au moins un peu), dans votre programme.
À défaut d’être “le nouveau Macron”, vous reproduisez, ainsi et en tout cas, les mêmes erreurs, que dis-je, les mêmes travers potentiellement dévastateurs pour la France, que lui. Comment ? En privilégiant, au sein de votre parti (et donc dans le cadre de votre stratégie nationale), des profils tous similaires et issus de parcours dont on sait qu’ils sont délétères lorsqu’il s’agit de gouverner. Des profils (je ne parle pas ici de votre conseiller, que je ne connais pas du tout) sans colonne vertébrale, sans convictions, pour qui tout est “marketing”, tout est “produit”, tout est “à optimiser pour gagner en performance”. Bref, pour qui tout est à vendre et à acheter, à commencer par leur propre personne. Des gens qui méprisent le peuple, en disant des choses comme “il faut apprendre à parler aux classes populaires”, comme si le manque d’argent faisait parler une langue différente (traduire : “il faut s’abaisser à leur niveau, ce qui est compliqué car notre niveau, à nous, est stratosphérique, tellement nous sommes supérieurs au bas peuple”).
Cette stratégie va vous faire foncer droit dans le mur. Ou, pour reprendre les termes de la fameuse note, ne vous fera jamais gagner vos cibles “à acquérir” et, surtout, vous fera perdre l’intégralité de votre “cible acquise”. Une “cible acquise” qui, depuis quelques mois, au vu de la stratégie (que l’on doit sûrement au moins en partie à votre conseiller politique) qui a été la vôtre avant, pendant et après les élections municipales, commence déjà à fondre comme neige au soleil (vos adhérentes et adhérents en tête). Non, en persistant dans cette stratégie, vous ne gagnerez pas forcément les déçus du centre. Et oui, vous allez perdre toute votre base à gauche.
Ne pourriez-vous pas plutôt vous concentrer sur ce qui, selon vous, serait bénéfique à l’avenir de la France et à ses citoyennes et citoyens qui sont tant maltraités depuis neuf ans ? Ne pourriez-vous pas plutôt dire (à toutes et tous, pas à un segment de “happy few” qui mérite selon votre entourage que vous leur parliez) ce qui, par exemple et pour vous, permettra à toutes et tous de vivre décemment ? Après tout, le pouvoir d’achat n’est-il pas un intérêt commun qui, comme ceux évoqués par Popović, unit peu ou prou toutes les Françaises et tous les Français ?
Il en va d’ailleurs de même pour l’école ou encore l’hôpital qui sont justement, selon vous, des cocottes-minute prêtes à imploser. Que comptez-vous faire pour empêcher ces implosions que vous craignez (sachant que vous vous êtes entouré de personnes ayant contribué à cet état de pré-implosion généralisé au sein de nos services publics) ?
En clair et en d’autres termes : EX-PRI-MEZ-VOUS (vraiment vous, pas au travers d’éléments de langage transmis par votre conseiller ou qui sais-je) sur votre vision de la France et des moyens dont vous estimez qu’ils seraient les plus pertinents pour faire de cette vision une réalité. Et par pitié, cessez de parler de Mélenchon. Tout le monde a déjà bien compris que vous étiez incompatibles tous les deux. Les Françaises et les Français se fichent des stratégies d’appareils et autres querelles de chapelles. Les Françaises et les Français ont d’autres choses à faire. Comme, par exemple, essayer de survivre dans une France où les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches, où les idées réactionnaires prospèrent pendant que les paroles de tolérance et de fraternité (et de sororité !) se voient disqualifier voire violemment rejetées, où l’on peut défiler en faisant des saluts nazis mais où un sit-in pacifique est taxé d’écoterrorisme, où les plus précaires et les personnes issues de l’immigration sont pointées du doigt comme étant la cause de tous les maux.
Sans tout cela, vous serez, je le crois, définitivement disqualifié à gauche. Mais, évidemment et comme dirait l’autre, c’est vous qui voyez (il y en a qui ont essayé)…
Sources :
LIVRE : Comment faire tomber un dictateur, de Srdja Popovic
Sacha Houlié rejoint Raphaël Glucksmann et Place publique pour « reconstruire la social-démocratie »
Réforme des retraites : Fatôme et Cazeneuve, les artisans de l’ombre
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