“La Cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à trois ans de prison, dont deux avec sursis et un an ferme aménageable avec bracelet électronique, mardi 7 juillet. Avec une peine d’inéligibilité réduite à 15 mois, la cheffe de file du Rassemblement national est donc éligible à l’élection présidentielle en avril 2027”, Toute l’Europe
“La patronne officieuse du RN a été reconnue ce mardi 7 juillet en appel coupable de détournement de fonds publics et de complicité de détournement de fonds. Condamnée à quinze mois d’inéligibilité effective, peine qu’elle a déjà effectuée, elle peut donc se présenter en 2027”, Libération
“Condamnée ce 7 juillet 2026 en appel pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen écope d’un an de prison ferme sous bracelet électronique et de 15 mois d’inéligibilité, une peine déjà exécutée, ce qui lui laisse le choix de se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2027”, France Culture
Si l’on résume à l’extrême ces trois chapôs, cela donne : “Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et condamnée à de la prison, donc elle peut se présenter à l’élection présidentielle”. Une affirmation relayée non-stop depuis hier sur les chaînes d’information en continu, et dont le caractère oxymorique ne semble choquer personne parmi les toutologues de plateaux. S’enfonçant dans des considérations purement pratiques et commentant la condamnation en appel de la cheffe de file d’un parti dont, par ailleurs, pas moins de 24 autres membres ont été condamnés dans le cadre de la même affaire (dont 11 avaient fait appel et ont vu hier leur condamnation confirmée) comme s’il s’agissait de la dernière saison d’une série à suspense, il semble que les journalistes de télévision, comme le dit l’un de mes amis (qui est un grand poète), aiment jouir dans la merde.
À un tel stade de complaisance et d’irresponsabilité, je ne peux que lui donner raison. C’est comme s’ils essayaient constamment de provoquer le pire pour pouvoir jouir, à la fin, du plaisir de le commenter. Sont-ils conscients que si l’extrême droite arrive au pouvoir, ce plaisir de commenter sera muselé voire anéanti ? Ou estiment-ils que tant qu’ils lui donnent des gages, tout ira bien dans le meilleur des mondes (c’est le cas de le dire) ?
Toujours est-il qu’il n’y a personne pour prendre ne serait-ce qu’un peu de recul sur la situation. Personne pour s’émouvoir du fait qu’un verdict de culpabilité assorti d’une peine de prison ferme devienne un sésame pour prétendre à la fonction suprême de l’État. Personne pour évoquer l’impact potentiel de voir un parti corrompu jusqu’à la moelle (sans même parler de ses liens avec la Russie de Vladimir Poutine) prendre les rênes du pays. Personne (ou presque), non plus, pour évoquer la jurisprudence de 1993, selon laquelle, comme l’expliquait hier Le Monde, “un pourvoi en cassation, en suspendant la décision d’appel, pourrait faire revivre l’exécution provisoire prononcée en première instance”. Autrement dit, une fois le pourvoi en cassation formé, il se pourrait que Marine Le Pen se retrouve de nouveau inéligible, ayant été condamnée, en première instance, à 5 ans d’inéligibilité. Non. On préfère créer du suspense en évoquant le délai de décision de la Cour de cassation. On se demande si la procédure sera accélérée comme évoqué en janvier dernier, permettant à une éventuelle condamnation d’être effective avant la fin de la campagne et donc d’empêcher Marine Le Pen de demeurer candidate. Et pour répondre à cette question, on invite des cadres et élus du Rassemblement National sur les plateaux. Comme sur franceinfo, ce matin, où la députée RN Laure Lavalette a estimé que «la bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a plus de raison que la Cour de cassation statue en janvier puisque ce calendrier était accéléré parce qu’on parlait d’inéligibilité et d’exécution provisoire». Et là encore, personne pour anticiper les conséquences d’un tel alignement des planètes en faveur de Marine Le Pen et, plus largement, du Rassemblement National.
Pourtant, une procédure plus longue, qui verrait la décision de la Cour de cassation n’être rendue qu’après l’élection présidentielle, couplée avec une jurisprudence de 1993 non appliquée, permettrait à Marine Le Pen de se faire élire et, ce faisant, de bénéficier de l’immunité présidentielle alors même qu’elle a été jugée coupable par deux fois des faits qui lui étaient reprochés. Autrement dit, nous nous retrouverions dans la même situation que les États-Unis où, malgré les nombreuses accusations qui pesaient contre Donald Trump, ce dernier a pu se lancer dans la campagne et en sortir victorieux, avec les conséquences désastreuses que l’on sait, tant à l’intérieur du pays, qu’à l’extérieur.
Et pendant que personne ne s’inquiète d’une possible accession au pouvoir, en France, d’un parti corrompu, raciste, homophobe, antisocial, illibéral et vendu aux tyrannies étrangères, tous les verrous, tous les gardes-fous susceptibles de nous prémunir du pire dans le cas où l’extrême droite venait à nous gouverner sautent un à un, par la main d’une droite de “gouvernement” et d’un “centre” qui, depuis de longs mois déjà, jouent le jeu de l’extrême droite dans le vain espoir de lui grappiller quelques voix. C’est ainsi qu’hier, nous apprenions simultanément qu’ Emmanuel Macron avait confirmé vouloir nommer, comme nouveau défenseur des droits, le sénateur LR François-Noël Buffet, anti-droits LGBTQIA+ notoire s’étant de surcroît prononcé en faveur d’une diminution de l’Aide médicale d’État pour les sans-papiers, et que l’Assemblée nationale avait approuvé la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre, donnant ainsi un permis de tuer à une police qui, dans un an, pourrait ni plus ni moins constituer le bras armé d’un régime d’extrême droite illibéral.
Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?
Sources :
Pourquoi faut-il (re)lire « Le meilleur des mondes » en 2024
Le Rassemblement national et la Russie : cachez cet amour que je ne saurais voir… | Cairn.info
Pourquoi Trump est en train de perdre toutes ses guerres | Le Grand Continent
Etats-Unis : Malgré les belles paroles de Trump, l’économie américaine est en berne
Qui est François-Noël Buffet, le sénateur que Macron veut nommer Défenseur des droits ?.
L’Assemblée nationale approuve la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre
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