[Parti Socialiste] Ce que révèle la démission de Boris Vallaud et ce qui pourrait en découler

[Parti Socialiste] Ce que révèle la démission de Boris Vallaud et ce qui pourrait en découler
© Victor Velter, via Shutterstock

La démission de Boris Vallaud, qui a été suivie du départ de plusieurs cadres de la direction du Parti Socialiste, peut se lire comme une manœuvre stratégique de grande ampleur. Car plus que le reflet de simples querelles internes, ladite démission s’apparente en réalité à une tentative de faire basculer le centre de gravité de la gauche française.

Analyse de la situation en 3 points.

1. L’objectif : créer un “centre de gravité” hors de la NUPES

La démission de Boris Vallaud vise avant tout à affaiblir la ligne d’Olivier Faure, jugée trop dépendante de l’alliance avec La France Insoumise.

– Le sacre de Raphaël Glucksmann : en quittant la direction du PS, Vallaud libère un espace politique, avec pour idée de capitaliser sur le score de Raphaël Glucksmann aux Européennes et, ce faisant, d’imposer une ligne “social-écologiste” et pro-européenne comme seule alternative crédible au macronisme et au RN.

    – L’effacement du “Label NUPES” : cette manœuvre cherche à acter la mort clinique de l’union sous hégémonie insoumise pour reconstruire une fédération du centre-gauche.

        2. Le retour des “Éléphants” : l’ombre de Hollande et Cazeneuve

        Le départ de la direction actuelle prépare le terrain pour un retour en grâce des figures de l’ancien monde socialiste et, avec elles, la “social-démocratie de gouvernement”.

        – François Hollande en embuscade : l’ancien président n’a jamais caché son souhait de voir le PS rompre avec Jean-Luc Mélenchon. Dans le contexte d’une direction du PS affaiblie si ce n’est en crise, François Hollande peut se poser en “recours” ou en mentor d’une nouvelle coalition.

        – Bernard Cazeneuve en trait d’union : parti du PS car il était opposé à la NUPES, Cazeneuve pourrait réintégrer ou s’allier à un PS “Vallaudiste”, lavé de tout soupçon d’alliance avec LFI, avec pour objectif de reconstituer le bloc social-démocrate d’avant 2017.

          3. Une manœuvre risquée : le spectre du “Macronisme bis”

          C’est ici que le plan se heurte à une réalité militante complexe. Le risque de fracture est réel pour plusieurs raisons :

          – Le rejet de la “Social-démocratie molle” : une grande partie de la base militante et des électeurs de gauche associe le quinquennat Hollande (Loi Travail, déchéance de nationalité) à une trahison. Pour eux, le projet de Glucksmann ou le retour de Cazeneuve ne sont que des “faux nez” d’un centre-droit libéral, trop proche de la politique menée par Emmanuel Macron.

          – Le risque de scission : en voulant isoler l’aile gauche du parti, Vallaud prend le risque de provoquer une scission définitive. Si le PS se droitise trop brutalement, il perdra ses ancrages locaux qui, paradoxalement, ont souvent survécu grâce à des unions locales avec les écologistes et les communistes.

          – L’absence de dynamique populaire : si Glucksmann séduit les milieux urbains et diplômés, la stratégie Vallaud/Hollande peine à convaincre les classes populaires qui voient dans cette “social-démocratie” une gestionnaire du statu quo économique.

            La démission de Boris Vallaud est un pari sur la recomposition. L’idée est de provoquer une crise de gouvernance pour forcer le PS à choisir son camp entre une union de la gauche radicale et un pôle central gravitant autour de Glucksmann et des anciens piliers de la Hollandie.

            Une manœuvre de “clarification” qui pourrait soit redonner au PS son rôle de leader de la gauche, soit finir de le couper d’une base électorale qui demande une rupture nette avec les politiques libérales de la dernière décennie.

            Auteur-ice

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