Pour une social-écologie

Pour une social-écologie

La destruction des écosystèmes et la montée des inégalités avancent main dans la main. Il serait à la fois malhonnête et dommageable de le nier. C’est pourquoi on ne sauvera pas la planète en laissant intactes les structures de domination. Telle est la conviction profonde portée par la social-écologie. 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’idée de lier le social et l’écologie n’est pas née d’hier. Dès le XIXe siècle, alors que des ouvriers qui toussent dans les usines à charbon ou au fond de la mine sentent déjà que quelque chose “cloche” profondément, les écrivains romantiques hurlent contre les machines qui défigurent les paysages et les âmes. C’est par exemple le cas de l’écrivain et militant écologiste états-unien Murray Bookchin, qui considère que le fait de traiter un salarié comme une pièce interchangeable est semblable au fait d’assimiler une forêt à un stock de bois. 

Le dérèglement climatique, tel qu’il impacte, aujourd’hui, l’humanité, ne saurait lui donner tort. Ce sont les paysans sans terre, les habitants des bidonvilles côtiers, les travailleurs qui suent sang et eau dehors pendant les canicules qui prennent les coups en premier. Et qu’est-ce qu’on nous propose pour y remédier ? Une “transition verte” par le marché, avec ses technologies miracles, ses crédits carbone et sa croissance soi-disant durable. Autant repeindre les murs d’une maison qui brûle ! 

La vraie social-écologie, elle, exige bien plus que cela. Elle demande qu’on arrête de séparer l’écologie du social, elle réclame une démocratisation réelle des choix énergétiques, une relocalisation massive de l’économie, la protection farouche des communs et, quand il le faut, une remise en cause de la propriété privée qui empêche la protection du vivant. En pratique, cela se concrétise par des coopératives énergétiques tenues par les gens du coin, des paysans soutenus par des circuits courts, des monnaies locales qui recréent du lien, ou encore des plans de décroissance assumée dans les secteurs les plus toxiques. Des initiatives qui, loin de faire reculer l’humanité, la font avancer autrement, en respectant à la fois les limites de la planète, la liberté et la dignité humaines. Parce que l’écologie sans justice sociale finit souvent en techno-fascisme vert, et que la justice sociale sans écologie se contente de redistribuer les poisons plus équitablement.  

Un mot à ceux qui ont vingt ans aujourd’hui :

Vous avez grandi avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Dans les rapports du GIEC, ce sont vos vies futures qui sont décrites ! Même si elle fait mal, cette lucidité que vous avez acquise est, aussi et surtout, une force. Ne vous laissez pas enfermer dans la “pureté individuelle” (consommer bio, trier ses déchets, culpabiliser). Et, à l’inverse, ne restez pas non plus paralysés par une colère permanente (et vaine). Apprenez à faire, c’est-à-dire à cultiver, à monter une petite installation solaire décentralisée, à animer une assemblée… Occupez des terres, réparez des objets, créez des lieux où l’on vit autrement. 

Vous avez déjà montré que vous saviez descendre dans la rue. Il vous reste maintenant à construire. Des fermes collectives, des maisons communes, des réseaux de savoirs partagés, ou que sais-je encore. On vous dira que c’est “irréaliste”. Sauf que (et il faudra le garder en tête) l’histoire montre que les plus grandes avancées sont nées de soi-disant “utopistes”.

À l’opposé d’un programme figé, la social-écologie n’est autre qu’un état d’esprit, une façon de vivre reliant le local au global, le quotidien au système, l’humain au reste du vivant. Et elle demande de la rigueur, de la patience… et beaucoup de cœur. 

La vérité d’abord

À propos de La pensée du jour

Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
Le “je” n’est pas un argument d’autorité : c’est un point de départ. Il ne remplace ni l’enquête, ni les données, ni le débat.

Auteur-ice

Dans la même catégorie