Cette semaine, Christophe Chartreux se mue en poète pour sensibiliser contre les méfaits du travail de sape organisé par l’extrême droite, Bolloré en tête, de l’écosystème médiatique français. C’est donc à travers une complainte en vers libres et rimés, balancée comme un vieux blues de Saint-Germain-des-Prés par un Boris Vian ressuscité, qu’il démonte la mécanique du vide du populisme médiatique, avec l’exemple de Cyril Hanouna.
Un texte aussi beau qu’impertinent, à lire en écoutant (évidemment) l’ami Boris Vian.
On a éteint la lumière dans la boîte à images
On a mis des clous de girofle sur le paysage
Et dans le poste de télé qui bave et qui fige
Y’a un grand escogriffe qui donne le vertige
Un drôle de zèbre en costume de quincailler
Qui fait danser les singes croyant les éveiller
Il s’appelle Cyril ou bien Machin-Chouette
Il a des dents en nacre et une drôle de bobine
Avec toute sa bande de chroniqueurs en laisse
Qui s’aplatissent par terre pour avoir des caresses.
Moi qui aimais le jazz, la trompette et les mots
Je me retrouve assis devant ce grand fiasco
Où l’on vend de la soupe au kilo, à la tonne
Où le moindre imbécile hurle, s’égosille et tonne
Ça commence à pas d’heure, ça n’en finit jamais
C’est le grand déballage de tout ce qui ennuie
On y invite des types qui ont le front bien bas
Des messieurs propres sur eux mais aux mains vraiment sales
Qui viennent nous expliquer comment sauver la France.
Ah, ils aiment la France comme on aime un gigot
Ils veulent la découper, en faire des morceaux
Ils ont des obsessions qui leur collent à la peau
Des lubies de reîtres, des relents de caniveaux
Ça parle de frontières, de barbelés, d’ordre nouveau
C’est le grand festival du sursaut de la patrie
Le patron de la chaîne, un milliardaire en plomb
Lui souffle dans l’oreille des ordres de colon
Alors Cyril sourit, agite ses petits bras
Il fait le mariole pour cacher tout ce gras.
« Amusez-les, coco ! » dit le grand capital
« Faites-les s’étriper sur le plan national ! »
Alors on voit passer des filles en larmes, des papas en colère
Qu’on jette en pâture au public populaire
On juge sur le pouce, on condamne en direct
Y a plus de tribunal, plus rien de bien correct
C’est la foire aux monstres, le grand cirque Pinder
Où l’extrême droite s’installe et prend tout son air
Calée dans le canapé, prenant toute son aise
Et Cyril lui sert une petite camomille fraise.
On nous dit que c’est le peuple, que c’est la vraie vie
Quand ce n’est que de la merde et beaucoup de jalousie
C’est la haine distillée dans un verre à moutarde
Pendant que la régie fait de la propagande
Ils ont peur du voisin, ils ont peur de l’Arabe
Ils ont peur du poète qui écrit sur le sable
Ils ont peur du jeune homme qui n’est pas tout comme eux
Ils ont peur de l’amant qui n’est qu’un amoureux
Alors ils font des blocs, ils deviennent haineux
Ils bafouent le bon sens, ils piétinent la beauté
Sur le plateau doré de leur médiocrité.
Regardez-les bondir ces fiers procureurs
Qui n’ont jamais lu un livre. Une existence d’erreurs
Ils s’appellent Gilles, Raymond ou bien Valérie
Ils vendraient leur grand-mère pour un peu de profit
Ils crient « Justice ! » en salivant de hargne
Pendant que l’animateur en douce se gargarise
Il fait mine d’écouter, il prend l’air pénétré
Et puis il lance la pub pour des slips en coton
C’est le triomphe absolu du grand vide sidéral
Le naufrage complet du genre cérébral.
On y flatte le bas-ventre, on y flatte la peur
On prépare les esprits pour le grand dictateur
Celui qui viendra en bottes et en chantant
Pour ranger les enfants et trier les passants
Cyril lui déroule le tapis rouge et blanc
Il lui dit « Mon ami, viens donc sur mon banc ! »
Le bon peuple sommé de bien comprendre toujours
Sans voir que sous la table, le venin s’invite
Que l’on prépare la haine pour les jours de pluie
Que l’on éteint l’esprit pour de si longues nuits.
Moi je préfère les snobs, les zazous, les poètes
Les types qui boivent du rhum tout en haut des charrettes
Ceux qui n’ont pas de montre et qui aiment le vent
Plutôt que ce marchand de haine tout le temps
Qui vend sa camelote au clair de la lune
Il n’y a plus d’idées, il n’y a plus de débats
Juste des chiens de garde qui aboient bien en choeur
Et le grand chef d’orchestre, ce clown triste et malin
Qui compte ses biftons en se frottant les mains.
Ils ont l’obsession du désordre et du sang
Ils veulent des prisons pour les enfants de dix ans
Parlent de déchéance, peine de mort et rigueur
Avec des petits yeux de comptables en fureur
C’est l’extrême droite en charentaises
Qui s’insinue partout, qui devient si korect
On ne parle plus d’amour, on ne parle plus de fleurs
Ce sont les caméras qui surveillent les cœurs
On parle de suspects, de coupables, de voyous
Jusqu’à ce que tout le monde devienne complètement fou.
Alors, monsieur Cyril et sa clique d’experts
Vous pouvez bien ricaner en vous poussant du coude
Vous pouvez faire l’audience sur le dos des misères
Et souffler sur les braises de nos petites colères
Un jour la télé s’éteindra d’un seul coup
Ne restera de vous qu’un tas de boue fétide
Un tas de poussière grise et de plastique fondu
Et les mots des poètes qui n’auront pas vendu
Leur âme au milliardaire pour un plat de lentilles
Et la France chantera, libérée des familles.
On remettra du jazz dans les vieux tourne-disques
On rallumera les phares sans prendre aucun risque
On laissera les voisins entrer sans passeport
On oubliera ton nom, ton émission, ton décor
Va-t’en, petit marchand de haine en réduction
Retourne à tes affaires et à tes distractions
Laisse les gens de cœur respirer le matin
Le monde est bien trop beau pour les petits crétins.
La vérité d’abord
À propos de La pensée du jour
Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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