La fin d’Orbán, ou le début d’un dangereux malentendu

La fin d’Orbán, ou le début d’un dangereux malentendu
© Annika Haas (EU2017EE), CC BY 2.0

Il y a une semaine, Viktor Orbán perdait les élections en Hongrie, mettant un terme à quinze années de pouvoir sans partage et de mise en place de politiques illibérales en Europe.  Plusieurs observateurs ont voulu y voir le signal d’une tendance, notamment en Europe pour les prochaines élections. S’il était important de se réjouir de cette défaite dans le contexte où la démocratie recule jour après jour dans le paysage mondial, le résultat des élections en Bulgarie résonne comme un avertissement.

Nous avons célébré la fin de l’ère d’Orbán comme on sort d’une longue marche dans le désert, sans voir que le continent européen entier brûle. Un exemple : ce dimanche, la Bulgarie a tenu ses huitièmes élections législatives en cinq ans dans un contexte d’instabilité politique. L’ancien président bulgare Rumen Radev, candidat au poste de premier ministre, avec près de 45 % des suffrages et 130 sièges sur 240, remporte les élections législatives bulgares ; l’homme politique pro-russe dispose d’une majorité absolue au Parlement. Mais qui est Rumen Radev ? Âgé de 62 ans, il appelle à la reprise du dialogue avec la Russie et voit en la Bulgarie un maillon essentiel de ce processus. Il s’oppose aux livraisons d’armes à l’Ukraine, arguant qu’il n’est pas dans l’intérêt de son pays, qu’il qualifie de “pauvre”, de dépenser de l’argent pour cela. Cependant, Radev a annoncé qu’il n’opposerait pas son veto aux décisions de l’UE concernant la guerre en Ukraine. Il est un fervent supporter de Donald Trump et soutient sans réserve la politique de Benyamin Netanyahou au Liban, en Cisjordanie et à Gaza. Bien qu’il ait bénéficié dans le passé du soutien du Parti socialiste bulgare (BSP), ce dernier a rompu avec ses anciens alliés. Il a depuis créé son propre parti Bulgarie progressiste (BP) une formation politique devenue eurosceptique et illibérale, calquée sur le modèle du Smer slovaque de Robert Fico. Cette dérive s’est traduite par des alliances électorales avec l’extrême droite pro-russe et un rejet des droits LGBT.Le projet de lutte contre la corruption du futur premier ministre bulgare, en réformant les institutions judiciaires de la Bulgarie rappelle les discours tenus par les partis nationalistes en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie qui, à la fin, n’ont mené qu’à la dislocation de l’État de droit. Il est une réelle menace pour l’avenir de l’Union européenne et de l’Ukraine.

Si la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne, ne peut pas réellement s’opposer aux politiques de la majorité des États membres car elle dépend du soutien européen pour son économie, elle reste néanmoins une nuisance. Elle démontre que la menace d’extrême droite est toujours aussi prégnante en Europe et dans le monde. La défaite de Viktor Orbán ne doit pas nous faire oublier qu’actuellement, beaucoup de gouvernements en Europe sont d’extrême droite ou gouvernent avec l’extrême droite. C’est le cas en Italie, en Belgique ou encore en Suède. Selon les sondages, si des élections avaient lieu maintenant dans les pays les plus importants de l’Union européenne, comme en Allemagne, en France et en Espagne, l’extrême droite prendrait le pouvoir, ou serait (c’est le cas de l’Espagne) dans une coalition avec la droite. Et je pourrais ajouter à la liste l’Autriche, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Norvège, rien que pour l’Europe… Même l’Islande, jusque-là épargnée, voit émerger un parti d’extrême droite pour la première fois de son histoire.

Cette lame de fond illibérale ne semble jamais s’arrêter. Malgré la destruction, en cours, de l’économie mondiale par Trump, l’échec de la politique économique de Meloni en Italie et la défaite d’Orbán, les soutiens aux partis autoritaires ne font que se renforcer partout dans le monde. Même au Brésil où Bolsonaro a fait tant de mal au pays et a été condamné à de la prison, son parti est donné vainqueur par les sondages pour les prochaines législatives. 

Nous sommes face à une menace globale. Le déjeuner qui se tient cette semaine entre Jordan Bardella et la direction du Medef marque une étape supplémentaire dans le dangereux rapprochement des grands patrons, en France, avec cette extrême droite.

En définitive,  la défaite d’Orbán n’était que l’arbre qui cachait le tsunami autoritaire. Néanmoins, cette menace peut encore être stoppée ; des raisons d’y croire existent, comme les élections de mi-mandat aux États-Unis qui pourraient réduire le pouvoir et l’influence de Donald Trump. Notamment dans sa volonté d’aider l’ensemble des forces nationalistes et autoritaires à gagner les élections partout sur la planète.

La défaite d’Orbán reste malgré tout une lueur d’espoir ; c’est peut-être le début d’un nouveau mouvement, d’une nouvelle organisation contre la contre-révolution conservatrice et nationaliste mondiale. Quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu à Viktor Orbán pour être défait. C’est aussi le temps qu’ont eu ses héritiers partout en Europe pour s’installer. La victoire ce dimanche d’un candidat nationaliste dont le Kremlin, via son porte-parole Vladimir Peskov, se dit “séduit” et « impressionné » devrait être un signal d’alarme pour l’ensemble des forces progressistes et démocratiques. La fin de l’ère Orbán ne doit pas devenir un simple mirage. La contre-révolution conservatrice n’a jamais été aussi proche de rafler la mise.

Sources : 

EU praises ‘extremely constructive’ early talks with incoming Hungarian government – Europe live

Brésil : Jair Bolsonaro autorisé à purger sa peine de prison à domicile à titre temporaire

Extrême droite : l’Islande à son tour

SONDAGE BFMTV. Présidentielle 2027: à un an du scrutin, un duel se profile entre Édouard Philippe et Jordan Bardella

Europe Elects

Bulgarian Socialist Party to form broad coalition with pro-Russian, nationalist partiesEn Bulgarie et en Slovaquie, des socialistes copient le Hongrois Viktor Orban

Auteur-ice

Dans la même catégorie