Indemnités des maires : un faux scandale

Indemnités des maires : un faux scandale

Le 22 décembre 2025, sous l’impulsion de la proposition de loi portée par Françoise Gatel, un statut de l’élu a été adopté. Pour ouvrir l’engagement politique à toutes et tous. Pour sortir enfin d’un système où exercer un mandat suppose d’avoir déjà les moyens : fortune personnelle, profession libérale ou fonctionnariat.

Car sinon, de qui parle-t-on ? Toujours des mêmes. Et certainement pas de la diversité réelle de nos concitoyens.

Ce texte n’est pas sorti de nulle part. Il a été travaillé, débattu, amendé, enrichi. Par tous. Un consensus rare, construit sur une réalité simple : aujourd’hui, être élu local est devenu un parcours d’obstacles. Parmi les avancées concrètes : la revalorisation des indemnités. Et surtout, une modulation qui bénéficie davantage aux petites communes, celles où l’on fait tout, avec moins de moyens, moins de services, et souvent plus de pression :

  • +10 % pour les communes de moins de 1 000 habitants 
  • +8 % pour celles de moins de 3 500 habitants 
  • +6 % pour celles de moins de 10 000 habitants 
  • +4 % pour celles de moins de 20 000 habitants 

Plus on est seul, plus on doit être soutenu. Ce statut arrive au bon moment : avant les municipales. Pour lever les freins. Pour permettre à des femmes et des hommes de se présenter sans peur : peur de perdre leur emploi, peur de ne pas s’en sortir financièrement.

Pour une fois, ce n’est pas qu’un signal. C’est une loi. Appliquée. Connue à temps. Et ça, c’est suffisamment rare pour être souligné.

Souvenez-vous. Avant les élections : des reportages à répétition. Des maires épuisés. À bout. Sur tous les fronts, tout le temps. Une question partout : qui voudra encore y aller ?

Et puis, une fois les équipes installées… Changement de ton.

Dès qu’un maire applique une revalorisation, la polémique surgit. Systématique. Peu importe la commune. Peu importe la couleur politique.

Et là, le populisme apparaît. Sans nuance. Sans chiffres. Sans sérieux.

« Les finances de la commune ». Toujours le même argument. Alors même que, rapportées au budget, ces hausses sont… marginales.

On trouve même des voix pour expliquer que la fonction devrait être bénévole.
Ou payée au SMIC. Parfois les mêmes qui expliquent qu’on ne vit pas avec un SMIC. Cherchez la cohérence…

Parce qu’un maire, c’est quoi aujourd’hui ?
Un mandat sept jours sur sept. Une exposition permanente. Une responsabilité constante. Et aucune coupure.

Mais ça ne suffit pas.

Autre cible : les collaborateurs politiques. Le scandale serait donc… de créer des emplois. Pas un mot sur le fait que ces recrutements permettent aux élus de tenir. Pas un mot sur la technicité des dossiers. Pas un mot sur la nécessité d’être accompagné.

Non.
On préfère dénoncer.

Comme si un élu devait tout faire seul. Comme si l’engagement politique devait rester amateur. Comme si la compétence était suspecte.

La réalité est pourtant évidente : gouverner une collectivité, c’est un métier. Et quand ce n’est pas le vôtre à l’origine, vous vous entourez. C’est du bon sens. Pas un luxe.

Pourquoi cet acharnement ? Parce que ces décisions sont les premières des nouvelles équipes. Alors on tape dessus. Facile. Visible. Rentable politiquement. Quitte à raconter n’importe quoi. 

Dans certaines communes, cela va plus loin. Jusqu’aux menaces. Jusqu’au domicile des maires.

Et là, une question s’impose : ceux qui attisent cela seraient-ils capables de gouverner sereinement ? On peut en douter. Parce que les chiffres, eux, sont têtus.
Une hausse de 15 % de l’indemnité d’un maire dans une commune de 5 000 habitants représente environ 0,7 % du budget de fonctionnement.

0,7 %. L’épaisseur du trait. Et pourtant, on insulte. On harcèle. On délégitime. Tout ça pour quoi ? Pour fragiliser encore un peu plus la fonction.

Et après, on s’étonne de la crise des vocations.

Oui, les maires doivent pouvoir exercer leur mandat sereinement.
Oui, ils doivent pouvoir vivre de leur engagement.
Oui, ils doivent être protégés.

Ils sont élus démocratiquement.

Non, ils ne sont pas « tous pourris ». Mais à force de les traiter comme tels, certains finissent par le croire. Et d’autres par s’en détourner. C’est dangereux. Car quand la confiance disparaît, deux options restent :
l’abstention…ou le vote de rejet.

Le statut de l’élu est une loi pour la démocratie. Pas un prétexte pour lyncher. Ceux qui transforment ce progrès en arme politique prennent une lourde responsabilité. Avoir un statut de l’élu, c’est avancer. Il faudra encore l’améliorer, bien sûr.

Mais une chose est certaine. La démocratie ne peut pas fonctionner si seuls ceux qui peuvent se le permettre s’engagent. Et elle ne tiendra pas non plus si l’opposition confond contrôle démocratique et démagogie permanente.

L’immense majorité des élus (et de celles et ceux qui les accompagnent) sont engagés, honnêtes, loyaux. Ils servent. Sinon, ils feraient autre chose.

Pour aller plus loin : 

Proposition de loi portant création d’un statut de l’élu local – Dossiers législatifs – 16e ➜ 17e législature – Assemblée nationale

Statut de l’élu local et des maires Loi Gatel du 22 décembre 2025 | vie-publique.fr

La vérité d’abord

À propos de La pensée du jour

Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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Auteur-ice

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