Alors que le RN annonce qu’il privatiserait l’audiovisuel public en cas d’arrivée au pouvoir, d’importantes questions sur la structure de nos médias, le pluralisme et le droit à l’information se posent. Une décision porteuse de bien des maux.
Le projet de privatisation de l’audiovisuel public soulève une question fondamentale pour notre démocratie. Au-delà des clivages partisans, c’est le statut même de l’information qui est en jeu. Doit-elle être un bien commun ou une simple marchandise ?
La mission première du service public (France TV, Radio France) est d’informer, d’éduquer et de divertir tous les citoyens. Il n’est pas soumis à l’exigence de rentabilité immédiate, ce qui lui permet de traiter des sujets complexes ou de niche avec rigueur. Or, le privatiser, ce serait soumettre l’information à la stricte logique publicitaire, sachant que la course à l’audience favorise le sensationnalisme, le clash et l’immédiateté, au détriment du temps long, de la nuance et de l’analyse, pourtant essentiels au débat démocratique.
Cela ferait aussi peser un risque majeur sur le pluralisme. Le paysage médiatique privé français est déjà fortement concentré entre les mains de quelques grands groupes industriels ou financiers. Vendre le service public accentuerait drastiquement cette hyper-concentration. L’indépendance éditoriale, rappelons-le, est le poumon de la liberté d’expression. Dans le privé, le risque d’autocensure pour ne pas froisser les intérêts (économiques ou politiques) de l’actionnaire principal est une réalité documentée qui menacerait alors l’intégrité de l’information.
L’investigation coûte cher et rapporte peu. Les cellules d’enquête qui révèlent les scandales sanitaires, économiques ou environnementaux ont besoin de ressources pérennes. Soumises à la pression de la rentabilité, elles seraient les premières menacées. Et le maillage territorial serait sacrifié, alors que les antennes locales de France 3 et de France Bleu offrent une information de proximité indispensable. Un acteur privé jugerait très probablement ces rédactions locales beaucoup trop coûteuses pour être maintenues !
La question de l’Outre-mer serait tout aussi critique. Le réseau La 1ère assure la continuité territoriale et la visibilité des territoires ultramarins. Une privatisation risquerait de marginaliser ces populations dans le récit national et médiatique.
Autrement dit, elles seraient ni plus ni moins vitctime d’un grand effacement…
En matière de culture, l’audiovisuel public est le premier financeur de la création française (cinéma, documentaires, séries). La disparition de ce modèle de financement public fragiliserait l’ensemble de notre exception culturelle face aux mastodontes du streaming international. Sans compter que la diffusion de la culture, du spectacle vivant et de la musique classique dépend largement du service public (Radio France, Arte, Culturebox). Sans cette vitrine, des pans entiers de notre patrimoine culturel perdraient leur accès au grand public.Quant à l’offre jeunesse et éducative (comme Lumni), elle garantit un contenu sécurisé, sans publicité, et pédagogique pour les enfants et les adolescents. Une approche purement commerciale exposerait directement ce public vulnérable au ciblage marketing et à des contenus dictés par le seul profit. Notre jeunesse mérite mieux ! L’accessibilité universelle est une exigence démocratique. Le service public garantit l’accès gratuit à des événements majeurs, au sport en clair et à une information premium, luttant ainsi activement contre la fracture numérique et sociale. Ne l’oublions jamais !
En période de crise majeure (pandémie, attentats), l’audiovisuel public joue un rôle de boussole. Il offre une information institutionnelle, vérifiée et calme, essentielle pour éviter la panique et contrer les campagnes de désinformation massive. La polarisation de la société est souvent exacerbée par les chaînes d’opinion qui ciblent des niches idéologiques pour fidéliser. À l’inverse, le service public, par obligation légale, doit s’adresser à tous et favoriser la cohésion sociale, non la division. La lutte contre les “fake news” exige des moyens dédiés au fact-checking (comme Vrai ou Faux). Dans un modèle privé dominé par les algorithmes, vérifier l’information de manière exhaustive est hélas souvent moins rentable que de propager la rumeur. Cela se vérifie tous les jours. Sur la scène internationale, France Médias Monde (France 24, RFI) porte la voix et les valeurs démocratiques de la France. Privatiser ces médias reviendrait à affaiblir notre “soft power” face aux propagandes de plus en plus agressives d’États autoritaires.
Les normes de l’Arcom imposent certes des règles à tous, mais l’ADN du service public inclut des obligations de diversité sociale, d’inclusion et de représentation des minorités bien plus proactives et strictes que les cahiers des charges du secteur privé.
Une telle décision de privatiser l’audiovisielle public serait irréversible. Vendre les fréquences, les infrastructures et les archives reviendrait à liquider un bien commun bâti sur des décennies. Reconstruire un tel écosystème ex-nihilo serait économiquement et politiquement impossible. Or, les études comparatives le prouvent : les démocraties dotées d’un audiovisuel public fort et indépendant (pays nordiques, Royaume-Uni) affichent systématiquement les meilleurs indices de vitalité démocratique et de confiance des citoyens envers les médias.
En définitive, la liberté d’expression ne consiste pas seulement à laisser parler, mais à offrir aux citoyens les moyens de comprendre le monde. Privatiser l’audiovisuel public reviendrait à appauvrir notre esprit critique, clé de voûte du libre choix démocratique.
La vérité d’abord
À propos de La pensée du jour
Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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