Il y a celles et ceux qui font la leçon.
Et il y a celles et ceux qui sont sur le terrain.
Celles et ceux qui lisent, qui enquêtent, qui observent.
Celles et ceux qui savent de quoi elles et ils parlent.
Il y a celles et ceux qui n’ont pris ni le temps du recul, ni celui de la réflexion.
Mais qui ont donné leur avis avec aplomb, en vilipendant tel ou tel, dans la tournée des micros.
Et il y a celles et ceux qui avaient pourtant une intuition simple :
reprendre le narratif de l’extrême droite sans le questionner n’est jamais une bonne idée.
Et puis il y a celles et ceux qui ont fait une minute de silence, qui ont confondu le bien et le mal.
Toutes celles et tous ceux qui, du haut de leurs certitudes, de leurs perchoirs, de leurs plateaux télé, devraient aujourd’hui s’excuser.
S’excuser d’avoir, pour une bagarre qui a mal fini, ciblé celles et ceux qui combattent le fascisme.
Ce qui devrait être, depuis 80 ans, notre préoccupation constante.
Au lieu de cela, nous avons eu droit, grâce à quelques esprits vacillants, à une confusion des valeurs absolument délétère pour notre démocratie et notre État de droit.
On parle d’un “manque de courage collectif” à propos de la minute de silence à l’Assemblée nationale.
Mais qui sont ces gens ?
Des présidentes et présidents de groupe incapables à ce point de distinguer l’essentiel ?
Des responsables politiques qui confondent antifascistes et fascistes ?
Alice Cordier, qui a mené la danse dans tous les médias après la mort du jeune Quentin Deranque, n’était pourtant pas une inconnue.
Présidente du collectif identitaire Némésis, elle a été récemment identifiée sur une photo formant avec ses mains les deux S des SS, un geste bien connu dans les mouvances néonazies.
Aucune surprise.
Quentin Deranque, présenté comme un étudiant catholique accompli, voit aujourd’hui son vernis se fissurer.
Il était déjà assez contre-intuitif de présenter comme “bon chrétien” un jeune homme fréquentant des messes traditionalistes. Ces pratiques ne sont tolérées que pour éviter un schisme trop brutal : depuis Vatican II, ce n’est plus ce culte qui structure l’Église.
C’est un courant en rupture.
Comme on ne confond pas musulmans et islamistes, on ne confond pas catholiques et traditionalistes.
Ces derniers contestent l’autorité du pape et se souviennent très bien d’avoir combattu — avec leurs relais politiques — les positions du pape François sur l’accueil des migrants, pourtant directement tirées des Évangiles.
Et puis il y a les révélations.
Les posts retrouvés par Mediapart — merci à la presse indépendante : racistes, antisémites, nostalgiques du IIIᵉ Reich.
Des propos que l’on ne voit quasiment plus que sur X.
Des propos illégaux en France.
Mais que personne ne condamne.
Parce que Elon Musk.
Pourtant, institutions, responsables politiques et médias continuent à publier sur ce réseau.
Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?
Au lendemain de la mort de Quentin, nous avons lu et entendu :
“Antifa assassins”.
“Antifa = fascistes”.
Et toute une partie de la classe médiatico-politique s’est autorisée à désigner LFI comme responsable de la mort d’un jeune néonazi, lors d’un affrontement provoqué par un groupe nationaliste armé et cagoulé, soutenu par un groupe de jeunes femmes identitaires, face à des militants issus de la Jeune Garde.
Dans un affrontement, il peut y avoir des blessés. Ce qui ne justifie jamais que l’on frappe à la tête un homme au sol.
Peut-être que la seule prise de conscience de Quentin a été celle-ci :
Je me suis fait tabasser. Mais j’étais venu pour cela (Raison pour laquelle il n’a pas voulu aller à l’hôpital).
Il a même été demandé à un député de démissionner.
Parce qu’il a fondé une organisation antifasciste.
Les découvertes récentes font tomber certaines et certains de leur chaise.
Pas nous.
Nous le savions.
Pourquoi ?
Parce que nous savons distinguer le bien du mal.
Et nous demandons à nos responsables politiques d’en être capables eux aussi.
Ne plus vaciller face à l’extrême droite.
Car reprendre le narratif de l’ultra-droite, c’est leur céder du terrain.
Céder au relativisme du « tout se vaut », c’est leur donner des voix.
Le bien, ce sont les antifa.
Le mal, ce sont les fa.
Alors, pour répondre à cette minute de silence indigne à l’Assemblée nationale, maintenant que tout le monde sait :
A 20 heures, pendant une minute, faisons du bruit.
Et chantons tous :
SIAMO TUTTI ANTIFASCISTI.
Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne | Mediapart
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