[Municipales] Le PS soutient Langevine à Perpignan : les faits derrière l’annonce

[Municipales] Le PS soutient Langevine à Perpignan : les faits derrière l'annonce
Hôtel de Ville, Perpignan © Bernard GIRARDIN

Présentée comme un choix de responsabilité et d’efficacité pour faire barrage au Rassemblement National, la décision du Parti Socialiste de soutenir la liste Place publique d’Agnès Langevine à Perpignan a été relayée ce 8 février par la presse nationale sous la forme d’une information brute, émanant de l’AFP. Or, derrière cette annonce apparemment limpide se cache une séquence locale longue, conflictuelle et largement invisibilisée : un an de tractations, de votes militants contournés, d’alliances recomposées et de lignes politiques brouillées, qui laissent la gauche toujours éclatée face au RN.

L’information telle que présentée le 8 février  

Dans le cadre des municipales, le Parti Socialiste a décidé de soutenir, à Perpignan, la liste conduite par Agnès Langevine, vice-présidente de la Région Occitanie et membre de Place publique. Reprise le 8 février par la presse nationale à partir d’une dépêche AFP, cette annonce acte un désaveu, par le bureau national du PS, de Mathias Blanc, socialiste et tête de liste du collectif Perpignan Autrement.

La direction du PS justifie sa décision par l’objectif de “faire front commun” pour “laisser le moins d’espace possible” au maire RN Louis Aliot. Agnès Langevine salue quant à elle une décision de “responsabilité” et d’”’efficacité”, qui “clarifie” la situation pour “les électeurs de gauche”, jusqu’ici “pris en otage” par l’existence de deux listes différentes. Sa liste, “Plus forts pour Perpignan”, se veut une union de “la gauche et du centre”, aux côtés, entre autres, de l’avocate Annabelle Brunet.

Ce que l’information ne dit pas

L’annonce du soutien du PS à Agnès Langevine, intervenue hier et hors contexte dans la presse nationale,  apparaît peu ou prou comme une évidence, alors qu’elle est l’aboutissement d’un an de tractations et de tensions locales largement documentées par la presse perpignanaise et, plus largement, occitane. De fait, un retour sur les différents faits et étapes ayant mené à ce soutien s’impose.

La chronologie des faits 

En octobre 2024, Agnès Langevine, vice-Présidente de la région Occitanie (présidée par Carole Delga), annonce rejoindre Place publique.
Source : L’indépendant 26/10/2024
https://www.lindependant.fr/2024/10/26/perpignan-la-conseillere-regionale-agnes-langevine-rejoint-place-publique-12286575.php

Fin 2024, est lancé l’appel “Perpignan Autrement” dans l’optique de faire front contre la majorité RN sortante. L’appel, qui réunit rapidement un large collectif de signataires, se présente alors comme une ébauche d’alliance de gauche et du centre prête à construire un programme commun en vue des élections municipales de 2026. Dévoilée le 16 décembre 2024, la liste des premiers signataires inclue entre autres des militant-es du PS, du PCF et de Place publique, dont Agnès Langevine.
Source : Made in Perpignan, 16/12/2024
https://madeinperpignan.com/municipales-2026-perpignan-autrement-revelation-liste-premiers-signataires/

Les 15 et 16 mars 2025, lors du Congrès de Place publique, Agnès Langevine est en lice pour intégrer l’Assemblée Politique Nationale, sur la liste menée par Raphaël Glucksmann et Aurore Lalucq. À noter qu’une seule liste nationale a été présentée lors du Congrès. Ladite liste a ensuite été validée par les adhérent-es du parti.
Sources :
Politis 14/03/2025 :
https://www.blast-info.fr/articles/2025/place-publique-la-firme-glucksmann-entre-purges-et-deni-democratique-1LzaJhC7TeKevm48vejMBQ
La Gazette de Montpellier 31/03/2025 :
https://www.lagazettedemontpellier.fr/politique/2025-03-31-raphael-glucksmann-s-implante-dans-l-herault/

Une semaine après le congrès, Agnès Langevine annonce sa candidature sous l’étiquette Place publique pour les municipales 2026. L’Indépendant rappelle à cette occasion qu’en 2020 elle avait obtenu 14,5 % au premier tour avant de se retirer pour faire barrage au RN.
Source : L’Indépendant, 23/03/2025
https://www.lindependant.fr/2025/03/23/agnes-langevine-annonce-sa-candidature-sous-la-banniere-place-publique-pour-les-municipales-2026-a-perpignan-la-ville-subit-une-perte-de-fierte-et-de-12588741.php

En juillet 2025, dans le cadre du processus interne de désignation des chef-fes de file pour les municipales, les militant-es Place publique des Pyrénées-Orientales votent et choisissent Olivier Romero, coréférent Place publique Occitanie impliqué dans la construction de Perpignan Autrement et figure historique du parti (il en est membre depuis 2018), désavouant la ligne Langevine.
Source : L’Indépendant, 28/07/2025
https://www.lindependant.fr/2025/07/28/elections-municipales-a-perpignan-les-militants-place-publique-votent-olivier-romero-et-desavouent-agnes-langevine-12849065.php

Début août, alors que les instances nationales de Place publique n’ont pas encore validé la désignation d’Olivier Romero, la presse locale décrit une situation de blocage et évoque une “réunion de conciliation” organisée spécifiquement pour Perpignan. Deux lignes se font alors face : celle de Romero, engagé dans la dynamique Perpignan Autrement, et celle de Langevine, dont la candidature autonome demeure.
Source : Made in Perpignan, 05/08/2025
https://madeinperpignan.com/agnes-langevine-olivier-romero-investiture-place-publique-perpignan/

En septembre 2025, Perpignan Autrement organise son propre processus démocratique. Un processus qui voit Mathias Blanc plébiscité par les militant-es du collectif pour mener campagne, en tant que tête de liste, face au maire sortant RN Louis Aliot.
Source : Made in Perpignan, 20/09/2025
https://madeinperpignan.com/municipales-2026-le-socialiste-mathias-blanc-tete-de-liste-perpignan-autrement/

Dans le même temps, la direction parisienne de Place publique tranche finalement en faveur d’Agnès Langevine, contre Olivier Romero et, par là même, contre le vote des militant-es locaux.
Source : L’Indépendant, 23/09/2025
https://www.lindependant.fr/2025/09/23/municipales-a-perpignan-zizanie-chez-place-publique-la-direction-parisienne-fait-le-choix-dagnes-langevine-12948521.php

Le 16 décembre 2025, la coordination de Place publique 66 rappelle dans un post Instagram qu’aucune décision de ralliement de Perpignan Autrement à la liste d’Agnès Langevine n’a été actée, et réaffirme son attachement à la démocratie interne locale.
Source : Instagram Place publique 66, 16/12/2025
https://www.instagram.com/p/DSVW6k3DUAS/

Une semaine plus tard, l’alliance Langevine–Brunet est annoncée. Figure locale du centre, Annabelle Brunet rejoint ainsi Agnès Langevine dans la course à la mairie de Perpignan créant, de fait, une tripartition des listes : 

  1. L’alliance LFI-EELV-Génération.s 
  2. L’alliance Perpignan autrement allant du PCF au PRG en passant par l’Après
  3. L’alliance Langevine-Brunet.
    Source : Le Journal Toulousain, 23/12/2025
    https://www.lejournaltoulousain.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/municipales-2026-perpignan-annabelle-brunet-agnes-langevine-alliance-354558/

Le 10 janvier, le parti indépendantiste Unitat Catalana officialise son soutien à la liste Langevine-Brunet.
Source : L’Indépendant, 10/01/2026 :
https://www.lindependant.fr/2026/01/10/municipales-a-perpignan-unitat-catalana-officialise-son-soutien-a-la-liste-langevine-brunet-et-fixe-des-priorites-13154713.php

Le 31 janvier, la fédération catalane du Parti Socialiste vote son soutien à Mathias Blanc à 33 voix contre 6.
Source : L’Indépendant (édition papier), 31/01/2026

Le 3 février , le directeur de cabinet de la présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales Frédéric Monteil (PS) lâche Mathias Blanc et rejoint la liste d’Agnès Langevine.
Source : Ici, 03/02/2026
https://www.francebleu.fr/occitanie/pyrenees-orientales-66/perpignan/municipales-2026-a-perpignan-le-ps-frederic-monteil-lache-mathias-blanc-et-rejoint-la-liste-langevine-brunet-7421000

S’ensuit un épisode qui complique  encore davantage la lecture politique de l’alliance autour de Langevine. Le 4 février 2026, Bernard Reyes annonce quitter le groupe d’opposition municipale  et rejoindre son amie Chantal Gombert (Horizons), elle-même ralliée à la dynamique Langevine–Brunet. Reyes était adjoint de Louis Aliot avant de démissionner en 2021.
Sources : L’Agglorieuse, 04/02/2026 ; L’Indépendant, 23/06/2021
https://www.lagglorieuse.info/po/article_perpignan-reyes-quitte-le-groupe-d-opposition.html
https://www.lindependant.fr/2021/06/23/perpignan-adjoint-de-louis-aliot-bernard-reyes-claque-la-porte-et-demissionne-9626125.php

C’est dans ce paysage déjà fracturé que tombe, ce 8 février, la dépêche AFP relayée par la presse nationale  : le PS choisit Langevine au détriment de Mathias Blanc.

Entre les lignes : 

Tel que raconté par l’AFP, le soutien du Parti Socialiste à Agnès Langevine évoque une mécanique simple, presque rassurante : le PS aurait choisi “l’efficacité” et “le front commun” pour battre le RN. Seulement, sur le terrain, la chronologie des faits raconte une union travaillée dès 2024, un collectif installé, une tête de liste choisie localement, puis un double mouvement de recentralisation politique. D’abord du côté de Place publique en septembre 2025, puis du côté du PS en février 2026. Cette recentralisation a eu pour effet de désavouer les deux candidats choisis par leurs sections locales pour mener la bataille contre l’extrême droite dans la seule ville de France de plus de 120.000 habitants dirigée par le RN et ce, à seulement à un peu plus d’un mois du scrutin.

Si elle ne résout en rien la problématique de l’éclatement des gauches face au RN (voir plus bas), l’annonce du soutien du PS à la candidate Place publique change en revanche la hiérarchie des légitimités : le bureau national du PS acte qu’à Perpignan, l’axe de campagne passera par Langevine, même si les militant-es Place publique l’avaient désavouée dès l’été, même si Perpignan Autrement a élu sa tête de liste en la personne de Mathias Blanc, même si la fédération PS locale s’est prononcée fin janvier en sa faveur. 

L’autre effet, plus politique, tient au type d’alliance désormais acté par cette investiture. La liste de Langevine s’affiche comme “union de la gauche et du centre” avec Annabelle Brunet. Or, l’actualité des derniers jours fait entrer dans le paysage un élément pour le moins contre-intuitif dans le cadre d’une campagne visant à faire barrage au RN : l’annonce du ralliement de Bernard Reyes à Chantal Gombert…et donc à Place publique (et maintenant au PS). Une annonce qui vient jeter le doute sur la cohérence du récit national de “front commun” contre l’extrême droite, parce qu’elle brouille la frontière symbolique que ce récit prétend tracer. Est-ce réellement crédible d’affirmer vouloir faire barrage à l’extrême-droite aux côtés d’une personnalité qui, il y a de cela seulement cinq ans, faisait encore partie d’une majorité RN ?

Reste, enfin, une question de fond que la dépêche évite soigneusement. Si l’objectif de cet attelage “centre-gauche/centre-droit” est de battre Aliot, quelle stratégie pense-t-on mettre en place au PS et chez Pp quand à ce stade, les forces de gauche demeurant divisées en trois blocs distincts (dont l’un est allié à une partie de la droite) ? Place publique et le Parti Socialiste espèrent-ils se faire rejoindre par le reste de Perpignan Autrement, notamment et surtout, le PCF et L’Après ? Si oui, comment  comptent-ils s’y prendre sachant le caractère pour le moins bigarré et inattendu de leurs premiers ralliements, à savoir des personnalités du centre et de la droite, un ancien de la majorité RN et le parti indépendantiste Unitat Catalana ?

La vérité d’abord

Nature du texte : Actualité de politique locale (dépêche AFP), enrichie par des sources issues de la PQR et, plus largement, de la presse locale, retraçant les différentes séquences politiques en amont des municipales 2026 à Perpignan.

Ce qui est établi, sourcé dans l’article et vérifiable : 

  • Le 8 février 2026, une dépêche AFP reprise nationalement indique que le PS accorde son investiture à la liste d’Agnès Langevine (Place publique) à Perpignan, au détriment de Mathias Blanc (Parti Socialiste, Perpignan Autrement), et cite les arguments avancés par la direction du PS et par Agnès Langevine.
  • Le collectif Perpignan Autrement existe depuis décembre 2024 et publie un appel ainsi qu’une première liste de signataires à ce moment-là.
  • Agnès Langevine annonce sa candidature sous la bannière Place publique en mars 2025.
  • Les militant·es Place publique des Pyrénées-Orientales votent en juillet 2025 en faveur d’Olivier Romero, et la direction nationale de Place publique l’a ensuite désavoué, à la faveur d’Agnès Langevine en septembre 2025.
  • Mathias Blanc est élu par les militant-es tête de liste de Perpignan Autrement en septembre 2025.
  • La coordination Place publique 66 rappelle en décembre 2025 qu’aucun ralliement de Perpignan Autrement à la liste Langevine n’a été acté.
  • L’alliance Langevine–Brunet est annoncée en décembre 2025.
  • Le PS local soutient Mathias Blanc fin janvier 2026.
  • Bernard Reyes annonce le 4 février 2026 rejoindre Chantal Gombert ; un article de 2021 rappelle qu’il fut adjoint de Louis Aliot avant de démissionner.
  • Éléments relatifs à la trajectoire interne d’Agnès Langevine chez Place publique (adhésion en octobre 2025, élection à l’Assemblée Politique Nationale en mars 2025)

Ce qui relève de notre interprétation : 

Le fait que l’insistance sur le “front commun” dans la dépêche entre en contradiction avec la chronologie locale des événements (décisions divergentes entre échelons locaux et nationaux, et d’alliances s’étendant au-delà de la gauche, jusqu’à des ralliements venant de l’ancien camp municipal RN).

Le fait que le soutien du PS national reconfigure la lecture de la campagne sans résoudre mécaniquement l’éclatement des listes.

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