[Chère lectrice, cher lecteur, veuillez noter que Lauriane a rédigé cet article en ayant une rage de dent. À l’heure où nous publions sa pensée du jour, elle a finalement trouvé un dentiste à 1h30 de son domicile. ]
Qui a dit qu’il faudrait une bonne guerre pour relancer l’économie ? On nous l’a assez répété. Pour relancer la machine. Pour remettre au pas une jeunesse trop confortable. On ne sait plus très bien.
La guerre, en revanche, on l’a. Et même si nous ne sommes pas officiellement cobelligérants, nous y participons. Résultat ? L’économie ne repart pas. Et les jeunes ne vont pas mieux. Mais certains, souvent les mêmes, continuent de donner des leçons d’économie.
Sauf que d’autres ont de la mémoire…
Aujourd’hui, le gouvernement annonce que la guerre au Moyen-Orient a déjà coûté 6 milliards d’euros « à date ». 6 milliards. Pour une guerre dans laquelle nous ne sommes pas censés être engagés. Alors, on paie quoi, exactement ? Et surtout, on paie pourquoi ?
Dans le même temps, la France continue de soutenir l’Ukraine face à la Russie. Très bien. Mais au Moyen-Orient, quelle est notre ligne ? Quelle est notre stratégie ? Et surtout, quel est le coût réel de cette diplomatie ?
On nous explique que cela viendrait en partie de la hausse des taux d’intérêt de la dette. Qu’il faut payer. Cash. Mais là encore, il faut remettre un peu de sérieux dans le débat. Cette hausse, elle était prévisible. Dès septembre 2025, les alertes étaient là : une dette à 4,5 %, du jamais vu depuis plus d’une décennie. Les 3,6 milliards d’euros de surcoût étaient déjà identifiés. Avant même la crise au Moyen-Orient.
À peine le budget voté, on parlait déjà de gel de crédits. Et il faut aussi dire les choses clairement : la France est au-dessus de la moyenne de la zone euro. Pourquoi ? Parce que la séquence politique depuis 2024 a fragilisé notre crédibilité.
La dissolution. L’instabilité. Puis les aveux de l’ancien ministre de l’Économie, reconnaissant l’insincérité budgétaire. Résultat : des marchés qui doutent. Et une confiance qui s’effrite.
Ce que l’on voit aujourd’hui n’est pas une surprise. C’est la conséquence directe de ces choix. Un budget voté dans la confusion, à marche forcée, illisible pour le public. Et deux mois plus tard, 6 milliards de crédits gelés. Dont la moitié était déjà prévisible. Sans débat parlementaire. Sans loi de finances rectificative.
Et comme toujours, les arbitrages sont les mêmes. On ne touche pas à la défense, « nous sommes en guerre ». On ne touche pas à l’intérieur, « il faut assurer la sécurité ». On ne touche pas à la justice, « pilier de l’État de droit ».
Très bien. Mais la santé ? La sécurité sociale ? Là, on peut couper. 4 milliards gelés sur le budget de l’État. 2 milliards sur la sécurité sociale. Autrement dit, moins de soins, moins de remboursements, moins d’accès. Et derrière, une réalité très concrète : des patients qui renoncent, des délais qui explosent, des territoires sans médecins.
Quand on ne trouve pas un dentiste en moins d’un an, à moins de 50 euros de reste à charge, à moins d’une heure de route, on fait quoi ? On attend ? On bricole ? On s’aggrave ? Et cela coûtera plus cher demain. Toujours.
Mais ces arbitrages semblent abstraits pour certains décideurs. Quand on peut consulter sans contrainte, en secteur 3, avec un patrimoine de plusieurs millions d’euros, la perception n’est pas la même. Pas la même vie.
On demande aux Français d’être « raisonnables ». De faire des efforts. Pendant que l’on refuse d’ouvrir la seule question qui vaille : celle des recettes. Car enfin, peut-on continuer à saigner un corps déjà exsangue ? Pourquoi ne pas taxer les superprofits pétroliers ? Certaines estimations évoquent des dizaines de milliards d’euros en Europe. Pourquoi ne pas questionner les aides publiques aux entreprises, distribuées sans contrepartie claire, pourtant pointées par le Sénat ? Non. On préfère… réfléchir. Définir. Recenser.
Et peut-être, un jour, agir. En attendant, on coupe. On coupe dans les universités, déjà exsangues : moins de professeurs, des cours non assurés, des amphithéâtres saturés. Presque toutes en déficit pour 2026.
Et demain ? On fera payer davantage les étudiants. Évidemment.
Alors non, tout cela n’est pas une découverte « à date ». Tout cela était connu. La guerre sert ici de prétexte commode. Un habillage dramatique pour des décisions déjà prises. Toujours la même opacité budgétaire. Toujours la même absence de débat. Alors qu’il s’agit de l’essentiel. Le budget, ce n’est pas une variable technique. C’est le cœur du contrat démocratique.
Pour aller plus loin :
Dette française : le taux d’intérêt à 30 ans dépasse 4,50 %, une première depuis 2011
Comment définir les aides publiques aux entreprises ? | Direction générale du Trésor
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