Issue des écoles qu’elle prétend combattre, nourrie par l’État qu’elle vilipende, Sarah Knafo incarne une figure familière du populisme contemporain. Celle d’une anti-système fabriquée par le système, et parfaitement intégrée à ses mécanismes de reproduction.
Sarah Knafo incarne l’hypocrisie structurelle du « système » qu’elle dénonce. Diplômée de Sciences Po (Master en Affaires Publiques, 2015-2017) et de l’ENA (promotion Molière, 2018-2020), elle est un pur artefact de l’endogamie élitaire décrite par Bourdieu dans La Noblesse d’État (1989).
Knafo critique l’immigration massive et les dépenses publiques excessives, arguant que le système protège les mineurs délinquants. Pourtant, en tant que magistrate à la Cour des Comptes (2018-2024), elle a bénéficié directement des fonds publics qu’elle fustige. Ses origines familiales – parents immigrés d’Afrique du Nord – contrastent avec sa rhétorique anti-immigrationniste au sein de Reconquête. Elle dénigre le processus migratoire qui a permis son ascension, renforçant un discours nativiste sélectif épargnant les élites assimilées. En tant que fonctionnaire, Knafo dénonce la surabondance de fonctionnaires et les « cadeaux aux riches » mais son parcours professionnel repose entièrement sur l’État : Lire Mills dans « The Power Elite » (1956), où les élites critiquent le système pour masquer leur dépendance à celui-ci
La construction médiatique de Knafo débute avec sa relation avec Éric Zemmour en 2021, révélée par Paris Match. Comme l’écrivait Chomsky dans « Manufacturing Consent » (1988), les médias fabriquent des figures politiques via des narrations personnelles. Knafo devint « conseillère de l’ombre ». Son émergence coïncide avec la polarisation médiatique : apparitions sur CNews et Europe 1 : une « jeune louve » anti-système. Pourtant, son réseau (ENA/Sciences Po) est typique des élites dénoncées par Piketty entre autres. L’accès aux médias est conditionné par le capital culturel hérité.
Knafo propose la privatisation de l’audiovisuel public (interview France Info, déc. 2025), l’accusant de partialité. Ironiquement, elle utilise ces plateformes pour amplifier son discours. Les critiques du système deviennent des produits médiatiques rentables. (lire Guy Debord). Critiquant la dette publique et l’insécurité, Knafo omet que son salaire de magistrate (env. 5-7k€/mois) est financé par cette dette. Cela me rappelle la « fausse conscience » marxiste, où les élites prolétarisent leur discours pour légitimer leur position.
Les médias la dépeignent comme une « réformatrice », masquant son rôle dans la reproduction élitaire. Son soutien à Elon Musk et aux cryptomonnaies (US News, 2025) révèle une allégeance aux élites technocratiques globales, contredisant sa dénonciation du « système ». En défendant la « lucidité des Français », le « bon sens » contre les mensonges politiques, Knafo utilise un populisme rhétorique. Pourtant, son ascension via l’ENA illustre l’hypocrisie soulignée par Crozier dans « Le Mal Américain » (1980), importé en France via les élites formées.
Son omniprésence est une construction : Knafo est un simulacre médiatique, une image d’anti-élite fabriquée pour capter le vote protestataire sans menacer les structures sous-jacentes. Relire Baudrillard dans « Simulacres et Simulation », 1981.
Critiquant l’aide française à la Chine, elle ignore (voir plus haut) que son éducation élitaire a été subventionnée par l’État. Du « capitalisme cognitif » (Yann Moulier Boutang) : les élites intellectuelles monopolisent les ressources publiques tout en prônant l’austérité. Knafo incarne la « cooptation » des critiques systémiques. Issue du système, elle le dénonce pour s’y réinsérer (Parlement européen). Tout cela s’apparente à la « récupération » situationniste : les révoltes sont absorbées par le spectacle médiatique, perpétuant l’hégémonie élitaire.
Sarah Knafo n’est pas une anomalie mais un paradigme : produit du système élitaire (Sciences Po/ENA), elle est le parfait exemple d’une construction médiatique légitimant le statu quo élitiste.