Politique : de l’ironie en lieu et place des idées

Politique : de l'ironie en lieu et place des idées

Beaucoup d’émissions se contentent souvent d’ironie et de railleries au lieu d’analyser les propositions des politiques. Le débat vire alors au spectacle pathétique, où les rires l’emportent sur les idées. L’ironie comme seul « argument » évite le fond. Au lieu de contrer une idée avec des faits ou une logique, on se moque de l’interlocuteur. Cela a pour seul effet de transformer le débat en combat d’ego, où l’humiliation prime sur la réflexion. Et cela n’enrichit pas l’esprit…

Les railleries créent un faux sentiment de supériorité. Celui ou celle qui rit pense avoir gagné, mais sans substance. Son propos est vide. Dans le débat d’idées, le niveau s’élève ; là, on le rabaisse à du divertissement bas de gamme, tels des sketchs ratés, ayant pour seul effet une polarisation inutile. L’ironie fabrique des bulles : les fans rient, les opposants attaqués se radicalisent, faisant disparaître le dialogue au profit de clans qui s’insultent. Le débat devient un cirque, pas une agora… Quand les attaqué-es sont présent-es pour répondre !

Sans arguments solides, l’ironie masque l’ignorance. Qu’il est facile de se moquer d’une politique sans l’expliquer ! Mais cela trompe l’opinion, qui rit, mais n’apprend rien ; et se mue ce faisant en spectatrice de show télévisé. N’est-ce pas pathétique ? Notre démocratie ne mérite-t-elle pas mieux que cela ?

Les railleries déshumanisent l’adversaire. C’est le but. Au lieu de considérer un humain avec ses idées, le voilà réduit à sa caricature. La haine gratuite transforme le débat en arène de gladiateurs. En spectacle. Les vrais débats en sont affaiblis. Qui veut argumenter sérieusement face à des moqueries, à des rieurs ? Les intellectuel-les fuient, laissant la place aux clowns. Résultat, la politique devient un « reality show », où le « buzz » l’emporte sur les solutions.

L’ironie seule favorise la manipulation. Elle joue sur les émotions, affaiblit la raison. Il est facile de discréditer une idée en la ridiculisant, sans démonstration par les preuves. Le public applaudit le spectacle, mais ignore les enjeux réels. Et le débat devient illusoire. Les grands débats (comme ceux de la Révolution française, entre autres) étaient faits d’arguments, pas de sarcasmes (ou très ponctuellement). Aujourd’hui, amplifiée par les réseaux, l’ironie domine : cela fait de l’audience, mais en vidant le sens. C’est le triomphe tragique de la superficialité !

Les railleries et moqueries perpétuent les inégalités. Celles et ceux qui maîtrisent l’ironie (souvent les puissants ou les médias) dominent, marginalisant les voix sérieuses mais moins « drôles ». Le débat d’idées devient exclusif, piétinant la nécessaire inclusion démocratique. Alors s’érode la confiance. Quand le politique n’est que sujet de moqueries, les citoyens se désengagent — « Tout est pourri, pourquoi voter ? » — minant la démocratie au profit de populistes qui excellent dans ce jeu.

Pour retrouver un vrai débat d’idées, exigeons des faits, des analyses. Sinon, nous resterons spectateur-ices d’un spectacle de bien mauvaise qualité, sapant un à un les fondements de la démocratie.

La vérité d’abord

À propos de La pensée du jour

Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
Le “je” n’est pas un argument d’autorité : c’est un point de départ. Il ne remplace ni l’enquête, ni les données, ni le débat.

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