Hommage du RN à Bardot : le patriotisme en vitrine, et la haine sous le tapis

Hommage du RN à Bardot : le patriotisme en vitrine, et la haine sous le tapis
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L’attitude du Rassemblement National face au décès de Brigitte Bardot est révélatrice : hommages immédiats de Bardella (« ardente patriote ») et Le Pen (« femme exceptionnelle, libre et indomptable »), sans une seule mention de ses multiples condamnations pour propos racistes et homophobes.

Bardot a été condamnée à cinq reprises pour incitation à la haine raciale (notamment contre les musulmans et les Réunionnais qualifiés de « dégénérés »). Elle a aussi tenu des propos homophobes violents en 2003 (« lopettes de bas étage, travelos de tout poil »). Le RN célèbre l’icône « patriote » et sa défense des animaux, mais efface complètement cette partie sombre de son parcours. Pourquoi ? Parce que ces positions extrêmes collent parfaitement aux racines du parti, fondées par Jean-Marie Le Pen, dont elle était admiratrice.

En effet, Bardot admirait Jean-Marie Le Pen (« homme charmant, intelligent »), épousait un de ses conseillers, soutenait Marine Le Pen comme « Jeanne d’Arc du XXIe siècle » et partageait ses vues anti-immigration (la « poussée terrifiante »). Or aujourd’hui, le RN en phase de « dédiabolisation » veut séduire un électorat plus large. Assumer ouvertement le passé raciste et homophobe de Bardot risquerait de rappeler que le parti n’a pas changé sur le fond. Preuve en est que quand les médias rappellent les condamnations de Bardot, le RN s’offusque et parle de « haine » à l’encontre de l’actrice. Bardella et ses proches dénoncent dès lors des articles « insultants », préférant une mémoire sélective centrée sur l’icône cinématographique.

Pourtant, le RN reste opposé à de nombreux droits : votes contre l’interdiction des thérapies de conversion, contre la dépénalisation universelle de l’homosexualité, et obsession anti-immigration souvent teintée de xénophobie. Ce « nettoyage » de la mémoire de Bardot n’est pas un hommage sincère à ses convictions profondes, mais une opération électoraliste : récupérer son aura symbolique (Marianne, France éternelle) sans assumer les idées qui les liaient vraiment.

Le RN n’assume plus publiquement ses convictions racistes et homophobes d’antan, car elles effraient l’électorat modéré. Mais en glorifiant Bardot sans nuance, il révèle qu’il les partage encore en privé, tout en les masquant pour le pouvoir.

Conclusion : ce silence sur le passé sulfureux de Bardot montre que le RN reste fidèle à ses origines extrêmes, mais les camoufle par opportunisme. Un parti qui n’assume pas ses convictions ne mérite pas la confiance des Français.

Auteur-ice

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