Un jeune homme d’extrême droite, Quentin, est mort après un affrontement violent entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche.
Mourir pour ses idées ? On ne parlera pas à sa place. Mais ce n’était certainement pas son projet de vie.
Aujourd’hui, une chose est sûre : il devient le martyr d’une cause. Celle de l’extrême droite. Et un instrument politique pour discréditer LFI.
En quatre jours, les rassemblements se multiplient.
Les slogans aussi :
« Antifa assassins »
« LFI assassins »
Même les jeunes morts à Crans-Montana n’ont pas suscité une telle ferveur.
Cela va loin. Trop loin.
On reprend.
Une conférence de la députée Rima Hassan à Sciences Po Lyon.
Conférence controversée, certes.
Mais autorisée. Connue. Déclarée. Y compris à la préfecture.
Le collectif d’extrême droite Némésis décide alors d’un happening : banderole « Islamo-gauchistes dehors ».
Sa présidente évoque la présence « d’amis » pour assurer la protection.
Des vidéastes sont là. Des témoins aussi.
Mais quand les coups pleuvent ?
Personne n’appelle la police.
Personne n’appelle les secours.
Personne ne vient en aide à un jeune homme qui serait resté immobile après des coups à la tête.
Dans la France de 2026, on maîtrise mieux les codes des influenceurs que les gestes de premiers secours.
Puis vient la séquence médiatique.
Plateaux en boucle.
Éléments de langage rodés.
« Antifa assassins »
« LFI assassins »
Le malaise.
D’abord sur les « antifa ». Pourquoi suppose-t-on qu’il y en avait ?
Parce qu’il y avait des fascistes.
La raison d’être des antifascistes, c’est précisément la lutte contre les fascistes.
Cela n’excuse aucune violence. Jamais.
Mais cela explique qu’en présence de groupuscules néo-nazis, certains s’attendent à voir surgir leurs opposants. Comme si une invitation avait été lancée.
Et très vite, on glisse.
Des « antifa » à la Jeune Garde.
De la Jeune Garde à Raphaël Arnault.
De Raphaël Arnault à LFI.
Et voilà : « LFI assassins ».
Est-ce que LFI a appelé au meurtre ?
Je n’en ai pas souvenance.
LFI vient d’être classé à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur.
Hasard du calendrier ?
Ou construction d’un récit : celui d’un parti intrinsèquement violent ?
Mais la violence est où ?
Chez LFI ?
Ou chez ceux qui soutiennent des collectifs identitaires ?
Chez LFI ?
Ou chez un gouvernement incapable d’assurer une sécurité publique adaptée dans une ville comme Lyon, inflammable sur ces sujets, et prompt à instrumentaliser une mort en période électorale ?
Qui sont ces responsables politiques qui désignent une cible sur un parti de gauche au nom de l’ordre ?
Parce que la violence, la vraie, elle est aussi ailleurs.
C’est la paupérisation.
C’est l’impossibilité de se soigner.
C’est l’état de l’hôpital public.
Ce sont les suppressions de postes d’enseignants.
Ce sont des femmes violées toutes les 2 minutes 30 en France.
Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui meurent à la rue.
Rien ne justifie la mort d’un homme. Rien.
Mais on ne peut pas non plus conclure mécaniquement que de la radicalité des propos naît la violence physique.
Sinon, il faudrait interdire toute parole tranchée.
Oui, la radicalité est nécessaire.
Radicalité contre l’extrême droite.
Radicalité contre toutes les violences.
D’où qu’elles viennent.
Mais pas la manipulation.
Pas l’instrumentalisation.
Pas la simplification grossière.
Alors on le rappelle.
Siamo tutti antifascisti.
La vérité d’abord
À propos de La pensée du jour
Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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