Avant-hier, les résultats sont tombés.
Les médias y voient une forte progression de l’extrême droite.
Curieusement, cela semble moins les choquer que la percée de LFI.
Replaçons-nous seulement deux ans en arrière. On nous expliquait qu’il fallait absolument faire « front républicain » pour empêcher le Rassemblement national d’accéder au gouvernement.
C’était l’urgence démocratique.
Aujourd’hui, sur les plateaux des chaînes d’information en continu, l’urgence semble avoir changé de camp : tout, sauf LFI.
On y voit défiler sondeurs et éditorialistes qui, manifestement, n’ont pas souvent quitté les beaux quartiers de Paris. Ils ne comprennent pas pourquoi le bashing répété contre LFI, auquel ils ont contribué avec tant d’ardeur, n’a pas produit les effets escomptés.
Un sondeur se dit même surpris : « les électeurs de LFI votent peu habituellement ».
Vraiment ?
A-t-il seulement assisté à une campagne sur le terrain ?
Dans une des plus grandes villes de France, un journaliste demande au porte-parole du PS, à propos d’une fusion de listes :
« N’avez-vous pas honte ? »
Honte de quoi ?
Que les électeurs ne soient pas tombés dans le piège de la confusion des valeurs ?
Qu’ils sachent encore distinguer où sont les fascistes et où sont les antifascistes ?
Ce n’est pas parce qu’un dirigeant dérape qu’il faudrait condamner tous les candidats qui défendent des conditions de vie meilleures pour leurs concitoyens.
En revanche, les leçons de morale sont beaucoup plus discrètes lorsque la droite s’accommode d’alliances avec l’extrême droite. Avec son troupeau de brebis galeuses et ses fréquentations plus que douteuses.
On s’est même empressé de reprendre le narratif de l’extrême droite pour pleurer un soi-disant « petit ange », sans le moindre recul.
Certains esprits un peu plus vigilants soupçonnaient pourtant déjà la réalité.
Qu’on soit clair :
il n’y a jamais de raison de lyncher un homme.
Mais il n’y a aucune raison non plus de faire une minute de silence pour un nazi, ni d’en faire le prétexte d’un procès politique contre la gauche radicale.
Depuis 80 ans, notre pays combat le retour du fascisme et du nazisme sous toutes leurs formes.
Et aujourd’hui, ce sont les antifascistes que l’on désigne comme problème.
Ce n’est pas entendable.
Souffrez donc, Mesdames et Messieurs aux micros, qu’une partie du peuple français ne vous suive pas dans vos contorsions intellectuelles et continue à garder l’esprit clair sur la route à suivre — et sur les votes qui permettent d’éviter qu’un nouvel État fasciste s’installe en Europe.
Le pays des droits de l’homme ne peut pas voir ses villes tomber aux mains des fascistes.
Car oui, la menace est réelle.
La séquence récente de bashing contre LFI a peut-être produit un effet inattendu : elle a crispé une partie de l’électorat de gauche.
Cet électorat a préféré ne pas jouer à la roulette avec les positions fluctuantes de certains partis de centre-gauche sur la question essentielle : l’extrême droite.
Les municipales et les législatives ne sont pas les mêmes scrutins.
Aux législatives, la loi ne permet pas de fusionner les listes.
Aux municipales, elle le prévoit.
Il est donc assez paradoxal d’appeler à la responsabilité collective… tout en refusant de gouverner ensemble.
Car ne pas être ferme sur le front républicain est problématique.
Ni aux municipales, ni à la présidentielle, il ne peut être acceptable que l’extrême droite arrive au pouvoir.
Hier, environ 27 millions d’électeurs se sont déplacés pour glisser un bulletin dans l’urne.
Mais 23 millions de personnes ne l’ont pas fait — parce qu’elles n’étaient pas inscrites ou parce qu’elles ont choisi de s’abstenir.
Et toutes ces personnes nous adressent malgré tout un message.
Un message pour notre démocratie.
Un message difficile à décrypter, certes. Mais qui dit au moins ceci :
Que les guerres d’ego ne devraient jamais passer avant les citoyens.
Que les micros devraient peut-être sortir un peu de leur entre-soi -coucou la famille Duhamel -avant de juger, du haut de leurs certitudes, des vies qu’ils ne connaissent pas.
Que les grands principes ne valent rien si on les abandonne à la première occasion.
La vie de la plupart des habitants de ce pays s’est appauvrie.
Beaucoup estiment que voter ne sert plus à grand-chose, parce que le vote n’est plus respecté — souvenons-nous des législatives de 2024.
Inutile de gesticuler ou de prendre des airs indignés.
Il faut simplement comprendre.
Écoutez les électeurs.
Et un peu moins les éditorialistes.
La vérité d’abord
À propos de La pensée du jour
Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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