Municipales : l’analyse paresseuse des éditorialistes face aux résultats de la gauche

Municipales : l’analyse paresseuse des éditorialistes face aux résultats de la gauche

“Les résultats des élections municipales montrent que le Parti Socialiste a eu tort de s’allier à LFI”. C’est, peu ou prou, l’enseignement principal tiré, ce matin, par les éditorialistes politiques. Si, par exemple, la victoire d’Emmanuel Grégoire à Paris, celle de Nathalie Appéré à Rennes, et, à l’inverse, la défaite des maires socialistes sortants à Brest et Clermont-Ferrand, semblent corroborer cette analyse, il n’en reste pas moins vrai que, ce matin encore, les commentatrices et commentateurs politiques font preuve d’une paresse intellectuelle (teintée de mauvaise foi) leur faisant omettre un certain nombre de paramètres ayant joué un rôle non-négligeable dans l’issue des Municipales. 

Attention, je ne dis pas que l’alliance des gauches non-mélenchoniste et mélenchoniste était utile et nécessaire partout où elle a été conclue. Affirmer une telle chose reviendrait à nier l’évidence des chiffres. Et à renier mes propres intuitions et analyses présentes et passées. Je le dis (et je le pense : je dis toujours ce que je pense ; je pense toujours ce que je dis) depuis des mois : de manière générale, une alliance globale de la gauche, LFI comprise, constitue davantage un handicap pour la gauche qu’un levier de succès.  Néanmoins, résumer les résultats obtenus par la gauche aux Municipales à l’insuccès de l’union de toutes les gauches se révèle inepte à plusieurs niveaux. 

Première erreur majeure des éditorialistes dans leur analyse des résultats obtenus par les partis de gauche dans ces élections : leur propension à réduire les listes d’union de la gauche au seul parti de leur tête de liste. Depuis hier soir, on entend ainsi que “le Parti Socialiste l’a emporté à Paris”, ou encore que “les Écologistes ont perdu à Bordeaux””. Or, dans les deux cas (et dans la majeure partie des cas), il s’agissait de listes d’union de la gauche. Des listes d’union qui, parfois, comprenaient LFI au second tour, et d’autres fois non. Les conclusions qu’elles et ils tirent partant de ce postulat à la fois simpliste et erroné se révèlent, par conséquent, tout sauf pertinentes.

En outre, certains résultats de scrutins semblent (en tout cas à l’heure où j’écris ces lignes) avoir un peu disparu du radar. C’est le cas de Grenoble, par exemple, où la victoire de Laurence Ruffin, tête de liste d’une union de toute la gauche (à l’instar de Johanna Rolland à Nantes ou encore de Grégory Doucet à Lyon), semble leur en toucher une sans faire bouger l’autre. À moins qu’elles et ils ne considèrent que Grenoble ne soit pas une grande ville et que, de ce fait, elle ne mérite pas d’être comparée aux autres métropoles de l’hexagone ? 

Il en va de même pour certaines villes moyennes. Quid de Saint-Brieuc, par exemple, où, à la veille du second tour, Place publique se félicitait de la “clarté” de son maire sortant qui n’avait pas fait d’alliance avec LFI et qui, grâce à cette “clarté” exemplaire, allait être reconduit à la tête de la capitale des Côtes d’Armor ? Force est de constater que, pourtant, Hervé Guihard a perdu sa ville. Je ne dis pas qu’il aurait dû s’allier à LFI. Je dis juste que résumer l’issue des municipales à “LFI c’est le diable, chaque fois que la gauche s’allie avec eux, elle perd” constitue une erreur analytique majeure. Une erreur d’analyse majeure qu’on érige pourtant en vérité générale, qualifiant chaque élément la contredisant d’exception, d’incongruité électorale. On s’étonne alors de la victoire de Grégory Doucet à Lyon “malgré l’affaire Quentin Deranque”. Traduire : “On ne comprend pas, on a pourtant tout fait pour disqualifier une gauche qui s’unirait à LFI à cet endroit en mettant un meurtre sur le dos du caca qui sort régulièrement de la bouche de Mélenchon ??!!!” C’est bien mal connaître Lyon et ses forces en présence que de dire pareilles choses. 

Sans compter que, durant tout l’entre-deux tour, on jetait la pierre du déshonneur au visage de Grégory Doucet car il aurait “fait une alliance de la honte avec LFI, alors qu’en face de lui, il n’avait qu’un homme de centre-droit”. Effectivement, Jean-Michel Aulas n’est membre, ni du Rassemblement National, ni de Reconquête!. En revanche, cela n’aura échappé à personne qu’une fois les résultats tombés, le même Jean-Michel Aulas s’est précipité pour contester sa défaite. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Je vous aide : son nom commence par un T, finit par un P, et il est actuellement ni plus ni moins en train de détruire le monde tel qu’on le connaissait jusqu’ici. 

Autre exemple commenté à la truelle : Marseille. Si, effectivement et comme les commentatrices et commentateurs aiment à le rappeler, Benoît Payan (encore une fois, à la tête d’une liste d’union de la gauche et non d’une liste strictement PS), sorti largement vainqueur face au lepéniste Franck Allisio, avait refusé de s’allier à Sébastien Delogu au second tour, il serait malhonnête d’omettre le rôle joué par le désistement de ce dernier. En d’autres termes, il n’y a pas eu d’alliance, certes. Mais il y a eu un front républicain… de toute la gauche. 

Il s’est passé exactement l’inverse à Perpignan. Dans la seule ville de plus de 100 000 habitants gérée par le RN jusqu’ici, Place publique, qui se targue d’être “la digue” face à la montée de l’extrême droite, notamment par le truchement de son “cap clair” face aux insoumis-es, a probablement facilité la victoire de Louis Aliot (50,61 %) et ce, dès le premier tour. Sa tête de liste, Agnès Langevine, qui n’a jamais accepté de se ranger derrière le socialiste Mathias Blanc, pourtant désigné démocratiquement par les militant-es en local (quid du girondisme si cher à Place publique ?) et, ce faisant, d’intégrer la liste de l’union de la gauche perpignanaise hors LFI, a non seulement divisé la gauche face au candidat RN, mais a également nui à la bonne conduite de la campagne à gauche. Qui plus est, en s’alliant à des personnalités du centre-droit et de droite, elle a, à l’inverse de la clarté prônée par son parti, complètement brouillé les rapports de force en place dans la capitale du Roussillon. Or, là où Catherine Trautmann s’est vu retirer son investiture par le Parti Socialiste après s’être alliée à Horizons à Strasbourg entre les deux tours, il n’en a rien été pour Agnès Langevine à Perpignan. Le cap clair n’est-il valable que dans un sens ? En cela, Place publique s’est rendu coupable d’une faute politique majeure. Le parti de Raphaël Glucksmann le reconnaîtra-t-il dans les prochains jours pour prouver sa clarté, sa probité et son honnêteté ? L’avenir nous le dira.

En attendant cet éventuel aveu salutaire (et digne !), je vais retourner écouter nos ami-es éditorialistes et peut-être (si j’en ai le courage, mais rien n’est moins sûr : merci de ne pas l’attendre) vous en offrir un bêtisier un de ces jours. 

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Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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