Mediapart, Complément d’enquête et les contre-vérités de Jacques Cardoze

Mediapart, Complément d’enquête et les contre-vérités de Jacques Cardoze
© France Télévisions, CC BY 4.0

“Tous les journalistes de Complément d’enquête sont absolument fascinés par les enquêtes de Mediapart”, a estimé Jacques Cardoze lors de son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. “Mediapart est un journal qui poursuit une idéologie qui est clairement affichée. Ce n’est pas le rôle du service public.” Jacques Cardoze se trompe totalement sur plusieurs points fondamentaux. 

Complément d’enquête mène un travail d’investigation rigoureux depuis plus de vingt ans. Mediapart y est effectivement parfois cité par les journalistes, pour ses scoops vérifiés. Cela ne saurait néanmoins impliquer une fascination collective. Par ailleurs, Jacques Cardoze s’exprime en tant qu’ancien présentateur de l’émission. Est-il le mieux placé pour être auditionné en observateur impartial ? Ayant depuis quitté le service public pour rejoindre C8, son témoignage s’apparente davantage à un règlement de comptes personnel qu’à une analyse objective. Il est d’ailleurs ironique de noter que Cardoze a lui-même animé Complément d’enquête pendant plusieurs années sans y déceler le moindre problème…

Prétendre que Mediapart poursuit une idéologie clairement affichée est factuellement erroné. Si Edwy Plenel a un passé trotskiste et si la ligne éditoriale du media se veut progressiste, cela n’en fait pas pour autant un organe de propagande idéologique. Il s’agit d’un média d’investigation indépendant, financé exclusivement par ses abonnés, sans publicité ni actionnaires influents, ce qui n’est pas le cas dans bien des médias aujourd’hui défendus par messieurs Cardoze et Sébastien. Son modèle a été conçu pour garantir son autonomie face à toute pression économique ou politique, ce qui lui a permis de révéler des scandales sous tous les gouvernements, qu’il s’agisse par exemple des affaires Cahuzac ou Benalla, avec des enquêtes sourcées et validées par la justice. 

En outre, soutenir que le travail d’investigation effectué par Complèment d’enquête n’est pas le rôle du service public contedit la mission légale de France Télévisions, dont le cahier des charges impose précisément un journalisme d’investigation indépendant, qui résiste aux tentatives de pression de tous les pouvoirs (qu’ils soient politiques ou économiques), et qui informe les citoyens sans complaisance. Si le service public doit rester pluraliste et neutre, il ne saurait néanmoins rester aveugle aux abus et se priver des standards inhérents au meilleur journalisme d’enquête. 

En définitive, Cardoze confond, à dessein, journalisme critique et idéologie partisane. Une confusion pour le moins fâcheuse pour un journaliste expérimenté ! Son intervention s’inscrit dans une stratégie politique visant à délégitimer l’audiovisuel public, en l’accusant systématiquement de “gauchisme” et autre “wokisme”. Des non-arguments qui ferment la porte à tout débat raisonné. 

Pour aller plus loin :

[DIRECT] Audiovisuel public: audition de Michel Drucker, Patrick Sébastien et Jacques Cardoze | LCP

Affaire Cahuzac : l’esprit mal tourné, l’armagnac et l’enregistrement secret | la revue des médias

L’Etat condamné pour une tentative de perquisition dans les locaux de « Mediapart »

TRANSPARENCE. Quelles sont les obligations de France Télévisions vis-à-vis de son actionnaire, l’Etat ? – franceinfo

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Cette rubrique accueille des chroniques, des lettres, des récits. Ici, la vérité est d’abord une exigence de bonne foi : dire d’où l’on parle, ne pas travestir, ne pas humilier.
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