Le « Conseil de la Paix » de Donald Trump, ou la tentation d’une ONU à sa main

Le « Conseil de la Paix » de Donald Trump, ou la tentation d’une ONU à sa main
Donald Trump © Gage Skidmore, Peoria, AZ, USA – CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Le « Conseil de la Paix » (Board of Peace) créé par Donald Trump en janvier 2026 est une initiative américaine sans base juridique internationale solide. Au départ prévu pour Gaza, il a été étendu à tous les conflits mondiaux.

Initialement, la Résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, a donné, en novembre 2025, une légitimité limitée à ce « Conseil », en lui octroyant un mandat temporaire pour (et seulement pour) la reconstruction et la stabilisation de Gaza jusqu’en 2027. C’est sa seule reconnaissance onusienne réelle.

Un « Conseil » à la tête duquel Trump s’est auto-désigné président à vie, avec un droit de veto personnel, le droit exclusif d’inviter, de refuser ou d’exclure des membres, ainsi qu’un pouvoir discrétionnaire absolu. En outre, charte exige de débourser un milliard de dollars pour un siège permanent. Il s’agit là d’un club privé, pas d’une organisation multilatérale.

Ce « Conseil » ne dispose d’aucune base légale internationale : pas de traité ratifié, pas de personnalité juridique reconnue. C’est une structure unilatérale américaine, sans force de loi pour les États non-adhérents. Tous les experts en droit international (ONU, ONG, médias) le qualifient de non légitime, puisqu’il contrevient au multilatéralisme, à l’article 103 de la Charte ONU et au principe de consentement des États. Son objectif est clair : court-circuiter l’ONU (qui doit moderniser son fonctionnement). Les réactions internationales sont elles aussi très critiques : L’Union européenne, la France, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, ou encore le Canada expriment de sérieux doutes sur son caractère « non universel », « non élu » et « piloté par un seul homme ». La Russie et la Chine sont circonspectes.

A contrario, certains pays ont rejoint Trump dans son initiative. C’est notamment le cas d’Israël, du Maroc, de l’Argentine, de l’Égypte, de la Hongrie et de l’Arabie saoudite, le plus souvent par intérêt régional. Mais le Président des États-Unis ayant déclaré que son Conseil « pourrait remplacer l’ONU », l’idée d’une initiative concurrente est particulièrement prégnante.

En résumé, le « Conseil de la Paix » de Donald Trump a une légitimité très limitée (et contestée) et restreinte à Gaza, via la résolution 2803 de l’ONU. C’est une création personnelle/transactionnelle sans autorité mondiale reconnue. Bref, juste un « machin », un projet de Trump pour bâtir un « ONU à sa sauce » : « pay-to-play », veto absolu, présidence à vie. Et une tentative de contourner le système multilatéral existant.

Le « Conseil de la Paix » n’a pas de légitimité juridique internationale forte. C’est davantage un outil diplomatique personnel qu’une vraie organisation mondiale.

Sources :

https://news.un.org/en/story/2025/11/1166391

https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/22/donald-trump-lance-son-conseil-de-la-paix-a-davos-35-pays-adherent-la-france-et-le-royaume-uni-refusent_6663733_3210.html

https://www.theguardian.com/us-news/2026/jan/20/trumps-board-of-peace-is-an-imperial-court-completely-unlike-what-was-proposed

https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/jan/22/the-guardian-view-on-trumps-board-of-peace-an-international-body-in-service-to-one-mans-ego

https://edition.cnn.com/2026/01/22/world/trump-board-of-peace-explainer-intl-hnk

La vérité d’abord

Nature du texte : décryptage d’actualité sur une initiative diplomatique américaine annoncée en janvier 2026.

Ce qui est établi et vérifiable :

  • Le « Conseil de la Paix » existe sous la forme d’une charte rendue publique par la presse. Cette charte présente l’instance comme une coalition d’États “volontaires”, et n’en fait pas un organe de l’ONU.
  • Côté ONU, la résolution 2803 de novembre 2025 a établit un cadre onusien au « Conseil de la Paix » dans le seul périmètre de Gaza, quant à la gouvernance transitoire du territoire et sa stabilisation, avec un mandat borné dans le temps (références concordantes dans les analyses et reprises de presse).

Ce que dit la charte :

  • La charte attribue au/à la président-e des pouvoirs structurants : contrôle de l’agenda, rôle décisif dans l’interprétation du texte, capacité à faire vivre ou cesser l’instance (mécanismes de renouvellement/dissolution), et validation finale de certaines décisions.
  • La charte fait également état d’un modèle transactionnel : l’accès à un siège permanent est conditionné par une contribution financière très élevée (montants et modalités précisés dans la charte et repris par dépêches).
    Le pouvoir dont dispose le « Conseil de la Paix » repose en premier lieu sur l’adhésion volontaire des États signataires et non sur une autorité juridique universelle.

Ce qui relève de l’interprétation : La qualification du « Board de Peace « Conseil de la Paix » de “nouvelle ONU”, ou d’“ONU pay-to-play” est une lecture politique du design institutionnel de l’initiative (la centralisation des pouvoirs en son sein et sa logique d’adhésion).

    Zones d’incertitude à l’heure où nous écrivons ces lignes : La liste des États adhérents et la portée opérationnelle, notamment au-delà de Gaza, sont susceptibles d’évoluer rapidement.

    Auteur-ice

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