En France, le racisme colonialiste est toujours à l’oeuvre

En France, le racisme colonialiste est toujours à l’oeuvre

Loin d’être un vestige du passé, le racisme colonialiste persiste encore en France, structuré par l’héritage de l’empire colonial qui assignait Noirs et Arabes à une infériorité supposée. Ce racisme s’ajoute à l’antisémitisme sans le remplacer, formant un cumul de haines qui mine la République. Les faits officiellement recensés le prouvent année après année. 

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, plus de 16 400 actes racistes, xénophobes ou antireligieux ont été commis en 2025, dont 9 700 crimes et délits, un chiffre en hausse de 5 %. Parmi ces crimes et délits, les actes visant les personnes perçues comme arabes ou noires sont à la fois massivement sous-déclarés et surreprésentés dans les plaintes. Selon l’enquête du Défenseur des droits (2024-2025), 55 % des personnes perçues comme noires déclarent avoir subi des discriminations en raison de leur origine ou de leur couleur de peau, et 60 % des personnes perçues comme arabes rapportent des discriminations liées à leur origine. Avec 326 faits recensés, les actes antimusulmans ont quant à eux progressé de 88 % en 2025, confirmant une hostilité ancrée dans la mémoire coloniale de l’Algérie et du Maghreb.

En termes d’accès à l’emploi et au logement, les  études montrent là aussi des discriminations systémiques, qui perpétuent l’exclusion héritée des codes coloniaux. Dans l’emploi, les Franco-Maghrébins et Franco-Africains restent assignés à des secteurs précaires. 41 % des jeunes perçus comme noirs ou arabes déclarent ainsi subir des discriminations à l’embauche, contre à peine 18 % des jeunes vus comme blancs. L’accès au logement révèle exactement la même ségrégation, selon les testing du CNRS et de l’INED, qui relèvent un nombre massif de refus essuyés par les personnes portant un nom à consonance africaine ou maghrébine. 

Les contrôles au faciès restent, eux aussi, une pratique courante, les jeunes perçus comme noirs ou arabes étant contrôlés jusqu’à six fois plus souvent que les autres, selon les plaintes déposées auprès du Comité de l’ONU contre la discrimination raciale. Le Baromètre CNCDH 2024 révèle quant à lui que 34 % des Français considèrent encore les Maghrébins comme un groupe “à part”, et les stéréotypes anti-noirs persistent malgré une tolérance globale en légère hausse. 

L’héritage colonial transparaît de surcroît quotidiennement dans les discours politiques et médiatiques qui essentialisent les “banlieues” ou les “quartiers” comme les lieux d’une altérité irréductible, à travers une rhétorique paternaliste reprenant mot pour mot les catégories du Code de l’indigénat qui, au XIXe siècle, justifiait la colonisation, alors assimilée à une “mission civilisatrice”. Ce racisme colonialiste* s’ajoute (sans le remplacer) à l’antisémitisme : 1 320 actes antisémites ont été recensés en 2025 (niveau historiquement élevé malgré une légère baisse), tandis qu’en parallèle, les actes anti-noirs et anti-arabes ont explosé, engendrant un cumul de haines, largement documenté dans les rapports du Défenseur des droits. À cela s’ajoute une impunité judiciaire (50 % des affaires concernant des actes racistes sont classées sans suite) qui perpétue le racisme colonialiste en le banalisant. Au-delà des statistiques, les témoignages quotidiens de contrôles répétés, d’insultes et de refus de service montrent également que l’expérience vécue par les Noirs et les Arabes reste marquée par cette assignation raciale.

À travers la CNCDH, le gouvernement appelle lui-même à une “mobilisation sans faille” contre le racisme. Le désengagement actuel de l’État quant à ces questions le laisse pourtant perdurer. Face à cette réalité, la vigilance et l’action républicaine s’imposent. La France doit être et rester fidèle à ses principes. 

Loin d’avoir disparu, le racisme colonialiste se doit dès lors d’être combattu avec la même fermeté que toutes les haines et discriminations. La République en dépend.

* Vision hiérarchique héritée de la colonisation, le racisme colonialiste place le “civilisé” français face au “sauvage” ou à “l’indigène”. Il se traduit par des stéréotypes déshumanisant les populations issues d’Afrique subsaharienne et du Maghreb.  

Pour aller plus loin : 

Les médias français sont-ils racistes ?

Les atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en 2025 | Ministère de l’Intérieur

Actes antireligieux – Tendances 2025 | Ministère de l’Intérieur

Rapport 2024 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie | CNCDH

L’indigénat dans l’Empire français : Algérie/Cochinchine, une double matrice | Cairn.info

Auteur-ice

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