[Municipales] La “poussée” du RN n’en est pas une

[Municipales] La "poussée” du RN n’en est pas une
Photo : Thomas Bresson
Lors du premier tour des Municipales, le Rassemblement National peut se prévaloir de quelques succès : le parti d’extrême droite conforte par exemple ses bastions méditerranéens et nordistes, avec les réélections de Louis Aliot à Perpignan et de Steeve Briois à Hénin-Beaumont. En outre, le RN a aussi obtenu des scores flatteurs à Toulon  (Lavalette : 42,1 %), Nîmes (Sanchez : 30,4 %), Marseille (Allisio : 35 %), et a gagné 1 279 élus municipaux dès le premier tour. Néanmoins, il est très exagéré de parler de « poussée du RN » au premier tour des Municipales 2026.

La preuve, en 7 points, que l’auto-proclamée vague lepéniste n’en est pas une.

I – Une présence du RN très concentrée géographiquement

Le RN reste cantonné au pourtour méditerranéen et à quelques poches du Nord. Hors de ces zones, c’est le désert : 5 % à Toulouse, 6,5 % à Strasbourg, 4,7 % à Nantes, moins de 2 % à Paris (Thierry Mariani). Un copié-collé des cartes de 2014 et de 2020. 

II – Des échecs patents dans les villes intermédiaires

Dans le nord de la France, les villes de Lens et Denain ont vu la réélection de leur maires socialistes sortant-es. À Calais, c’est la droite qui a été reconduite. À Narbonne, le maire sortant Horizons Frédéric Falcon devance largement le candidat d’extrême droite avec 22,2 % des voix.  À Montauban, le parti de Marine Le Pen se retrouve dans une quadrangulaire défavorable. Pour le RN, hors bastions, point de salut ! 

III – Des comparaisons historiques implacables  

Le 22 mars prochain, le RN sera présent au second tour dans 38 villes de plus de 30 000 habitants. Un chiffre, en réalité, du même ordre de grandeur qu’en 2014.  Douze ans plus tard, le RN n’a en effet pas bénéficié  d’une progression spectaculaire, malgré son score historique en 2024, lors des élections européennes et des législatives.

IV – Des ralliements sans effets

Les alliances (Ciotti/UDR) n’y changent rien. Si le RN bénéficie par exemple d’une avance à Menton et à Toulon, le front républicain, avec le désistement, dans les deux villes, de la droite modérée, aura probablement raison de leur espoirs de victoire dans les deux villes. 

V – Un contexte national aggravant

Ces dernières semaines, le contexte national et, notamment, la guerre en Iran ayant mis le scrutin au second plan, et la mise en cause quotidienne de LFI, tant au sein de la classe politique que dans les médias, suite au meurtre, à Lyon, de Quentin Deranque, ont eu pour effet une forte abstention (plus de 40 %, un record historique hors Municipales de 2020, impactées par la crise sanitaire) et, surtout, une “percée” symétrique de LFI.  Le RN ne capte pas tout le mécontentement. Loin de là !

VI – Un RN qui reste faiblement implanté en termes de maillage communal

Les victoires symboliques à Marseille ou à Nice restent conditionnées par le second tour. En d’autres termes, ces victoires n’en sont tout simplement pas. Le premier tour du 15 mars dernier n’a pas vu de “vague bleue marine” comme en 2014 ou 2020. Il s’agit, en réalité, au mieux d’une stabilisation ; certainement pas d’une expansion territoriale. Pour 2027, le signal donc est mitigé : S’il existe bien une consolidation utile pour la candidature de Jordan Bardella,  cette dernière devrait pâtir, aussi, d’une absence de réservoir de maires dans les métropoles et villes moyennes. La route vers l’Élysée passe par un maillage que le poulain de Marine Le Pen n’a toujours pas ! 

VII – Une “poussée” du RN rhétorique, pas statistique

Le RN fixe ses critères de victoire, faisant de sa réélections dans ses fiefs un succès national.  Il s’agit là d’une stratégie classique du parti. Il maximise ses succès visibles, comme ceux de Perpignan et Beaucaire, tout en occultant ses échecs dans pas moins de 80 % des grandes agglomérations. Autrement dit, le RN joue sur l’illusion quantitative : il assimile ses 24 maires élus au premier tour  et ses quelques points dans ses fiefs à une  “poussée historique”. Et les médias nationaux, en zoomant sur ces exceptions, participent de cette fabrique de l’illusion.

Le verdict est sans appel : 

Parler de “poussée” flatte la communication bardelliste sans respecter les faits bruts : 

  • des scores faibles hors bastions, 
  • progression nulle par rapport à  2014 dans les grandes villes

Il ne s’agit que d’une consolidation géographiquement circonscrite, montée en épingle aussi bien par le Rassemblement National lui-même, que par les médias relayant, telle quelle et sans la remettre en cause, la communication du parti d’extrême droite. 

Sources : 

Jeu de données – Elections municipales 2026 – Résultats du premier tour | data.gouv.fr

Municipales 2020

Municipales 2014

Municipales : « Le triomphe autoproclamé du RN et de LFI ne correspond pas à la réalité »

Auteur-ice